Ce que Valéry Giscard d’Estaing n’avait jamais dit

13/05/2014, Propos recueillis par Franz-Olivier Giesbert et Romain Gubert

Il y a quarante ans, Valéry Giscard d’Estaing s’installait à l’Élysée. Avec lui, la France entrait dans la modernité. Il revient aujourd’hui sur ce septennat marquant.

Le Point : Quand vous êtes arrivé à la tête de l’État, saviez-vous exactement ce que vous vouliez faire ?

Valéry Giscard d’Estaing : Oui, à peu près. J’avais eu la chance de gérer le budget de la France pendant sept ans pour le général de Gaulle puis l’économie française pendant cinq ans pour le président Pompidou. J’ai toujours eu le goût du temps long plutôt que des petites séquences ! Peut-être est-ce dû à ma formation en mathématiques… Je savais que, pour moderniser la France, sept ans ne suffiraient pas : deux ou trois décennies seraient nécessaires. Il fallait que je sois l’initiateur de ce changement. J’avais un modèle, de Gaulle, qui était aussi mon père politique. Il m’avait fait entrer dans son gouvernement en 1959. Il avait un objectif : effacer la guerre, l’Occupation, l’humiliation ! C’était un militaire. L’intendance devait suivre, afin de rétablir la dignité du pays. Tout en lui vouant une admiration sans bornes, je savais qu’il était urgent d’adapter la société française au monde qui allait venir. Avec sa méthode : en pensant à la France, en essayant de voir loin et en suivant ses leçons.

C’est-à-dire ?

Au-delà de son destin pendant la guerre, de Gaulle savait ce qu’était le « bon gouvernement ». Je suis frappé par le fait que les sociétés humaines bénéficient rarement de périodes de « bon gouvernement ». C’est particulièrement vrai pour la France. En dehors du moment gaulliste, je n’en vois pas beaucoup dans notre histoire. Louis XIII, avec Richelieu et Mazarin. Louis XIV, entre 1680 et 1690, avec des nuances, bien sûr. Louis XV et ce formidable moment entre 1725 et 1745 où le gouvernement de la France fut dirigé par le cardinal Fleury, le meilleur Premier ministre que le pays ait eu, un homme provincial, rigoureux, qui a redressé les comptes du pays sans s’enrichir lui-même. Sous la IIIe République, enfin, de 1895 à 1914. En fait, pendant ces moments de « bon gouvernement », un homme ou une équipe sait remettre le pays face à son destin pour le faire avancer, sans chercher à tirer des profits personnels du pouvoir. Quand elle évoque le « bon gouvernement », la Bible l’identifie à la « justice ». Aujourd’hui, c’est toujours de la justice que nous avons besoin, ainsi que du progrès économique et social. On revient toujours aux mêmes fondamentaux.

Comment exerce-t-on le « bon gouvernement » ?

Il y a quelques années, j’ai été tenté d’écrire un traité sur le « bon gouvernement », mais ce n’était pas simple, et surtout trop prétentieux. En fait, il n’y a pas de philosophie du « bon gouvernement ». C’est le choix des personnes qui détermine tout. Ce choix doit s’exercer avec la plus grande subtilité, en se distanciant des systèmes et des jeux politiques. Dès le début du septennat, j’avais composé le gouvernement dans ma tête. Je voulais des personnalités qui sortent de l’ordinaire et des partis politiques. En fait, j’ai toujours été séduit par ce qu’on appelle aujourd’hui la société civile.

À qui pensez-vous ?

À René Haby, à André Giraud ou à Françoise Giroud, pour laquelle j’ai un infini respect. Elle était excellente comme ministre. Elle a réellement amélioré le statut des femmes. Après avoir porté ses réformes, elle est venue me voir et m’a dit : « Mon travail est fini. Je peux partir ! »

Comment avez-vous découvert Raymond Barre ?

Sherpa du sommet de Rambouillet en 1975, il avait, par ailleurs, effectué un travail technique titanesque sur la réforme du logement, l’APL. Quand il siégeait à la Commission européenne et que j’étais moi-même ministre des Finances, nous n’étions pas toujours d’accord, ce qui ne m’empêchait pas de le trouver habile, brillant, impressionnant. C’était le meilleur économiste de notre pays. Une fois à l’Élysée, je l’ai testé. En fait, je voulais toujours avoir un remplaçant pour chacun des postes ministériels : quand j’ai nommé Chirac Premier ministre, j’ai pensé à Barre comme remplaçant possible et l’ai installé assez vite au Commerce extérieur. Il a tout de suite fait preuve d’une grande maîtrise.

Et son bilan ?

La France vivait sous le poids d’un système administratif très dirigiste, notamment à travers le contrôle des prix, que nous avons fini par supprimer et dont Helmut Schmidt me disait, chaque fois qu’il me voyait, que c’était une hérésie. Comme il avait raison ! J’étais plus libéral que Barre, en voulant être l’incarnation de l’économie sociale de marché. Mais nos débats restaient constructifs. Compte tenu des circonstances et des deux chocs pétroliers, il me semble que nous n’avons pas si mal réussi.

Quel est votre diagnostic sur la France d’aujourd’hui ?

Le problème de la France d’aujourd’hui, c’est qu’elle conserve le modèle qu’elle a adopté à la Libération. Prenez le pacte de responsabilité mis au point par le gouvernement actuel. Il contient toujours cette idée que l’État peut et doit contrôler la création d’emplois. C’est une hérésie ! Après le double traumatisme de la guerre et de la défaite, notre pays s’est retrouvé plus à gauche qu’il ne l’était dans sa structure profonde. L’OPA des communistes sur la Résistance, qu’ils n’avaient pourtant rejointe que tardivement, a encore précipité le mouvement. Tout cela a profondément marqué notre fonctionnement politique, économique et social. Je me souviens qu’à l’Éna nos professeurs célébraient souvent avec admiration les « succès » de l’économie soviétique. Il y avait même des cours sur les plans quinquennaux en Russie soviétique ! Pyatiletka [NDLR, le plan quinquennal] est au demeurant l’un des premiers mots russes que j’ai connus avec celui de vodka…

Quelle était votre stratégie ?

Je pensais que rien ne devait empêcher notre pays, fût-il ancien et conservateur, de s’adapter au monde tel qu’il est. Ne croyant pas à la fatalité, j’ai porté cette volonté dès le début de mon engagement politique. Notre retard culturel était considérable et il ne pouvait y avoir de France moderne sans de nombreuses adaptations, de société notamment. A l’époque, nous vivions encore dans une culture répressive. Les écarts comme l’adultère étaient sévèrement sanctionnés, surtout quand ils étaient commis par la femme. Dans les divorces, il devait y avoir un fautif, un coupable. Quant à l’avortement, il était pénalement condamné. Cela nous ancrait dans le passé. Il fallait aussi abaisser l’âge de la majorité. Je savais que ces jeunes ne voteraient pas pour moi, car, quand on a 20 ans, la mode, c’est de voter à gauche. Mais en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, les jeunes votaient à 18 ans. Je voulais aussi supprimer l’ORTF, lever l’interdiction de la censure politique sur le cinéma, une aberration et un anachronisme. Tout cela, je l’avais conceptualisé avant d’arriver à l’Élysée.

La dépénalisation de l’avortement, c’était politiquement « contre nature ». Comment avez-vous procédé ?

En 1973, Michel Poniatowski, alors ministre de la Santé publique, avait fait travailler un de ses collaborateurs sur cette question. Après mon élection à la présidence, Jean Lecanuet, le nouveau garde des Sceaux, n’a pas souhaité se saisir du dossier : il était mal à l’aise, compte tenu de sa culture chrétienne. Du coup, j’ai fait préparer un projet de loi directement à l’Élysée, où l’on a repris et amendé le texte original. Françoise Giroud, secrétaire d’État à la Condition féminine, aurait été la mieux qualifiée pour le porter devant la représentation nationale, mais elle était débordée. J’ai confié cette tâche à Simone Veil, ministre de la Santé publique. La loi n’a pu passer qu’avec les voix de l’opposition.

Quel bilan tirez-vous de votre septennat ?

L’accumulation de réformes sur tous les plans. J’ai aussi donné davantage de poids au Conseil constitutionnel. Je ne voulais pas que la majorité puisse abuser de son pouvoir, ce que j’avais toujours eu en horreur. Mais je ne suis pas heureux de son évolution. Lorsque j’ai permis à l’opposition de le saisir plus facilement, je pensais que cela ne concernerait que trois ou quatre textes fondamentaux par an. Il aurait pu avoir alors l’autorité d’une Cour suprême. Au lieu de quoi c’est devenu un super-Conseil d’État. J’ajoute que, contrairement à ce qui a pu se passer depuis, je me suis conformé rigoureusement à une certaine éthique. Pendant mon septennat, il n’y a pas eu une seule intervention politique sur un magistrat ni une écoute téléphonique contre un de mes concurrents. Il n’y a pas eu non plus de suicide à l’Élysée.

Qu’avez-vous raté ?

La réforme du fonctionnement de la justice. Je déplore que le fonctionnement de la justice n’ait pas été suffisamment modernisé pendant mon septennat.

Regrettez-vous de ne pas avoir supprimé la peine de mort ?

Je n’étais pas convaincu qu’il fallait la supprimer. J’ai toujours été du côté des victimes et je suis révolté de voir qu’elles sont oubliées dans tant d’affaires judiciaires. Il est vrai qu’elles n’ont plus la parole ! Au fil du temps, la peine de mort ne s’appliquait plus qu’aux cas les plus abominables et je croyais en son caractère dissuasif. Ce que m’avait notamment confirmé Edgar Faure, grand avocat, pourtant très libéral, après une rencontre avec un détenu à Fresnes. Ne l’oubliez pas : ce n’était pas le chef de l’État mais la justice qui condamnait à la peine de mort. Le président n’avait qu’un droit de grâce. Je l’ai exercé à plusieurs reprises. Une fois, c’était pour un jeune Algérien dont la famille avait été massacrée par le FLN. Il s’était réfugié en France, seul, personne ne l’avait pris en charge et il avait tué une vieille dame pour lui voler son portefeuille. Je l’ai gracié en estimant que la société avait sa part de responsabilité dans sa détresse. En revanche, pour Christian Ranucci, une exécution qui a fait scandale, je n’ai pas eu de doute : il était coupable d’avoir tué à coups de couteaux la petite fille d’une famille d’immigrés espagnols. La gendarmerie avait retrouvé, sur les indications du coupable, l’arme du crime tachée du sang de la victime, et la cour d’assises s’était prononcée deux fois.

Quand vous regardez ce qu’est devenu le centre aujourd’hui, êtes-vous déçu par vos « héritiers » ?

Il n’existe pas d’idéologie centriste et, à ce titre, il est difficile de parler d’héritiers. En réalité, au début des années 70, je n’étais pas un homme du centre, j’agissais au centre. Ne confondez pas ! Autrement dit, j’occupais une position centrale. Dans les sociétés démocratiques, vous avez toujours deux courants principaux : l’un est néoconservateur et traditionaliste et l’autre plus social, plus sociétal. J’étais issu de la première tendance, mais je voulais absolument travailler avec la seconde, utiliser ces deux énergies pour moderniser notre pays. Je me suis donc placé au centre !

Votre bilan est aussi largement européen. C’est votre relation avec Helmut Schmidt qui a permis de renforcer le projet européen ?

Bien sûr. Helmut et moi, nous nous connaissions depuis longtemps. Au début des années 70, il était, comme moi, ministre des Finances. Il venait dîner à la maison, servi par nos enfants. Nous avions une complicité naturelle qui s’est transformée en amitié. L’Histoire a bien fait les choses : il a été élu chancelier trois jours avant mon élection à la présidence et, aussitôt, nous avons décidé de tout faire pour renforcer l’Europe. C’est ainsi que nous avons créé le Conseil européen, qui rassemble les États membres pour prouver que la Commission n’a pas vocation à être le gouvernement de l’Europe. Nous avons aussi décidé que le Parlement européen serait désormais élu au suffrage universel en espérant qu’il renforcerait sa légitimité, ce qui ne s’est, hélas, pas suffisamment produit. Nous avons aussi posé les bases de la monnaie commune. Nous voulions aller plus vite et plus loin. Malheureusement, ceux qui m’ont succédé n’ont pas poursuivi cet effort.

Pourtant, l’euro a vu le jour…

Oui, mais seulement vingt ans plus tard, et d’une manière incomplète. Mitterrand, Chirac puis Balladur n’ont pas poursuivi sur cette lancée. Mitterrand et Kohl s’entendaient bien, mais ils ne travaillaient pas sur le fond. De plus, Mitterrand s’étant trompé sur la réunification, il a été ensuite obligé, faute d’avoir anticipé ce qui allait se passer, d’accélérer pour ne pas se mettre en dehors de l’Histoire. Il a fallu attendre 1998 pour que le projet européen redémarre. Et on mesure aujourd’hui les limites de l’Union européenne telle qu’elle a été construite lors du traité de Nice, en 2000. Au début des années 80, avant la chute du mur de Berlin et la réunification allemande, nous pouvions encore renforcer l’organisation institutionnelle de l’Europe autour d’une base solide. Mais voilà, dans la décennie suivante, on a élargi l’Europe avec une précipitation désordonnée. Résultat : aujourd’hui, nous sommes très nombreux, sans les adaptations nécessaires. On ne peut pas diriger une organisation avec 28 pays dont chaque représentant veut parler plus haut que l’autre. L’égalité entre les petits et les grands États n’est pas réaliste. Chypre ne pèse pas autant que l’Allemagne. C’est pourquoi on a tant de mal à avancer.

Que faudrait-il faire ?

L’Europe à 28 va évoluer pour devenir une sorte d’Onu régionale à vocation commerciale. En son coeur doit émerger une Europe intégrée, plus réduite, qui sait exactement ce qu’elle veut. C’est-à-dire devenir une puissance économique mondiale du XXIe siècle. Notre problème, c’est le manque de leadership en France pour mener à bien ce projet. Les Allemands ont Angela Merkel. Nous n’avons personne, alors qu’il serait urgent de renforcer l’Europe des fondateurs, l’Europe de Charlemagne, avec la Pologne en plus. Avec Helmut Schmidt, nous travaillons sur un livre pour bâtir le scénario de la construction de cette Europe intégrée qui devra rapprocher les régimes sociaux et unifier les systèmes fiscaux.

Comment expliquez-vous le désamour des Français pour l’Europe ?

Aux élections européennes, les Français vont se défouler : contre le fonctionnement de l’Europe et sur des questions de politique intérieure. Mais les Français sont très attachés à l’Europe. Quoi qu’on dise, les deux tiers des Français sont partisans de l’euro. Les souverainistes ont beau s’époumoner, les Français ne souhaitent pas moins d’Europe, mais une Europe plus forte, plus proche et plus efficace.

C’est ambitieux…

Non, c’est la logique de l’Histoire. La France s’est éloignée du projet européen car elle est dans un état d’esprit dépressif. Le Parlement français ne prend pas ses responsabilités : cela fait des années qu’il aurait dû voter des réductions de dépenses publiques, comme cela s’est fait dans les autres pays, souvent dans le consensus. Seulement voilà : en France, l’idée que la dépense publique crée la croissance reste une idée fausse que personne n’ose vraiment remettre en question. Dès que la France acceptera la réalité du monde qui l’entoure, elle retrouvera sa place au coeur de l’Europe, première puissance économique mondiale. La France a des idées, du talent. Les Allemands sont pragmatiques, ils ont besoin de nos idées. Notre vocation, c’est de porter le projet européen. Les Allemands attendent que les héritiers de Schuman et de Monnet se manifestent. Ils ont accepté d’abandonner le DeutscheMark parce que nous avons su concevoir un système qui les a séduits.

Pensez-vous que la France soit en déclin ?

Le déclin et la décadence, ce n’est pas exactement la même chose. Le monde change, il faut compter avec d’autres, c’est tout. En revanche, le concept de décadence m’inquiète. Je viens de lire le livre écrit par un Britannique, Tom Holland, Rubicon. The Triumph and Tragedy of the Roman Republic (Rubicon. Le triomphe et la tragédie de la République de Rome), et j’y ai retrouvé des similitudes avec ce que nous vivons. La France travaille moins, elle n’aime plus travailler. Tout ce qui faisait notre force, tel notre système éducatif, est en panne. Il ne permet plus la réussite au mérite, il est même de plus en plus inégalitaire. Les 35 heures ont cassé la valeur du travail. On passe son temps à prendre des vacances, les unes après les autres. Prenez le cas du 8 Mai. De Gaulle n’a pas décrété le 8 Mai comme un jour férié. Moi non plus. Le 8 mai 1945, j’étais pourtant sur un char. Et aujourd’hui, ce jour n’est pas seulement férié, mais suivi d’un pont ! J’observe de nombreux signaux de décadence. Écoutez certains médias, par exemple. Ils ne parlent que de vacances, de la route des vacances, de la météo du week-end. Après cela, le soir, à la radio, il n’est plus question que de matchs de football. Les Français n’ont pas tous un ballon au bout des pieds ! Il n’y a plus d’émissions littéraires, encore brillantes il y a quelques années : elles risqueraient de fatiguer nos neurones ! Autant de symptômes d’affaiblissement. Et la France est, de tous les grands pays industrialisés, libéraux ou socialistes, celui qui a l’âge de la retraite le plus bas, même pour des tâches qui ne sont pas particulièrement pénibles.

La France est donc perdue ?

Non, car sa jeunesse la sauvera ! Ce culte des vacances perpétuelles, c’est l’oeuvre d’une génération qui va s’en aller et disparaître. La jeunesse est différente : elle découvre le monde. Elle veut travailler. Les jeunes voyagent, ils comparent avec ailleurs : ils n’acceptent plus la médiocrité, la politique des bras croisés. En 2030, l’euro sera la première monnaie mondiale, notre dette la plus recherchée. Les nouvelles générations seront branchées sur les technologies. La France aura évidemment sa carte à jouer. Ce ne sera plus la France toute seule, mais dans l’Europe, avec le meilleur emplacement au coeur du continent. Sa géographie est idéale. Son patrimoine, avec celui de l’Italie, le plus riche du monde. Sans parler de son époustouflant passé industriel, lorsque les Français perçaient de grands canaux, construisaient des chemins de fer et des ponts sur toute la planète ! Aujourd’hui, il nous reste encore, heureusement, l’Airbus franco-allemand et la fusée Ariane.

Mais l’industrie est en déclin…

Ce qui m’inquiète, ce ne sont pas nos grands groupes internationaux. Ils restent à la conquête du monde, ouverts à tous les continents. La disparition des petites et moyennes entreprises est, en revanche, très préoccupante. Ce n’est pas un phénomène naturel : taxer les transmissions d’entreprise à des taux prohibitifs est suicidaire ! On ne peut pas construire de grands groupes internationaux en une génération. Il faut regarder ce que font les Allemands, les Autrichiens et les Néerlandais : ils savent que ces entreprises de 200 ou 300 personnes peuvent donner naissance à des empires si on leur permet de prospérer.

L’irruption de la Chine dans la mondialisation vous fait-elle peur ?

Ce que nous vivons depuis quelques années, ce n’est pas seulement la croissance chinoise, ce n’est pas seulement un phénomène économique, mais un phénomène qui va transformer la marche du monde avec la réunion de deux branches de l’humanité, l’une « euro-africaine », l’autre « asiatique ». Ces deux branches ont évolué parallèlement et de façon similaire, alors qu’elles n’avaient aucune relation entre elles. Elles vivaient côte à côte sans se connaître. Et pourtant, elles ont suivi les mêmes parcours. Les Chinois ont inventé l’écriture en même temps que nous, mais sous une autre forme. Ils se sont structurés autour d’une dynastie au moment même où la Méditerranée était le théâtre de la guerre de Troie. Lorsque Socrate et Platon échafaudaient notre système de pensée, ils lisaient les oeuvres de leurs plus grands penseurs, Confucius et Lao-tseu. La réunion de la Chine avec le reste du monde est un fait majeur de l’histoire du monde. Là encore, nous avons une carte à jouer et une raison de plus d’être optimistes !

Source