Cette France qui prétend crédibiliser le droit international en le méprisant

Depuis « l’affaire » syrienne, la France se pose garante de la défense du droit, du peuple syrien et de l’humanité… si n’étaient les réticences du peuple français lui-même à se lancer à l’aveuglette dans une aventure militaire au Proche-Orient et les accusations qui pointent ici et là d’ingérence et de menace d’agression, actes strictement interdits par la Charte des Nations-unies selon une jurisprudence constante depuis le procès de Nuremberg.

Un beau jeu de matamore – en vérité – qui place le pays des droits de l’homme et du citoyen en plein paradoxe : peut-on punir le crime en méprisant le droit ? Peut-on prétendre crédibiliser le droit international par une démonstration de mépris de ses principes et dispositions élémentaires ?

De plus une autre question se pose : au vu du scandale mondial de l’usage d’arme chimique en Syrie comment se fait-il que la France se retrouve isolée dans cette course à la guerre – dans la situation tant décriée de « caniche des USA » – attendant que quelques lobbyistes corrupteurs et marchands de bombes à Washington fassent pencher les votes du Sénat en faveur d’une agression militaire de Damas ?

Pour tenter de répondre à ces questions et rétablir la logique et le bon sens il faut premièrement revenir au cadre imposé par le droit international sur l’usage légitime de la force. Ensuite dénouer un à un les fils d’une propagande des plus douteuses sur cette « affaire des gaz toxiques » du 21 août à Damas et ses conséquences juridiques. Enfin tenter de replacer les événements dans leur contexte aussi sombre qu’inquiétant pour finalement tirer les conclusions qui s’imposent.

Le droit international sur le recours à la force

Depuis le procès de Nuremberg [1] la notion de crime contre la paix se définit par « la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre d’agression, ou d’une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour l’accomplissement de l’un quelconque des actes qui précèdent. La poursuite des personnes pour ce genre de crime ne concerne que les dirigeants d’un pays et les très hauts officiers militaires. » [2] Bien que cette charge ouvre encore aujourd’hui difficilement à une procédure pénale personnelle, la menace, l’agression d’une nation par une autre ou le recours à la violence sont strictement interdits par la Charte des Nations-unies signée et ratifiée par la France [3] et 193 nations membres de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) [4]. En effet – pour éviter de retomber dans les errances qui ont provoqué la Seconde guerre mondiale – une série de dispositions juridiques réserve l’usage de la force a des cas strictement limités. Désormais la résolution des conflits entre nations se fera exclusivement par la voie de négociations diplomatiques et d’un arbitrage des instances internationales. Il s’agit de la même procédure de « paix perpétuelle » d’une nation civilisée – qui interdit aux citoyens de se faire justice par eux-mêmes mais les oblige à utiliser le recours des tribunaux – que l’on cherche a établir dans les relations de conflits entre nations.

Il est facile de se renseigner sur les buts et principes du droit international inscrits dans la Charte des Nations-unies [5]

Article 1. Les buts des Nations Unies sont les suivants :

1.1. Maintenir la paix et la sécurité internationales par des mesures collectives en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends […]

1.2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes […]

1.3. Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire […]

Article 2. L’Organisation des Nations Unies et ses Membres, […] doivent agir conformément aux principes suivants :

2.2. Les Membres de l’Organisation […] doivent remplir de bonne foi les obligations qu’ils ont assumées

2.3. Les Membres de l’Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.

2.4. Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État,

2.7. Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État […]

Sur le sujet du règlement pacifique des différents les dispositions sont les suivantes :

Article 33. Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d’enquête, de médiation, de conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix.

Article 34. Le Conseil de sécurité peut enquêter sur tout différend ou toute situation qui pourrait entraîner un désaccord entre nations ou engendrer un différend, afin de déterminer si la prolongation de ce différend ou de cette situation semble devoir menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Article 35. Tout Membre de l’Organisation peut attirer l’attention du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale sur un différend ou une situation de la nature visée dans l’Article 34.

Article 37. Si les parties à un différend de la nature mentionnée à l’Article 33 ne réussissent pas à le régler par les moyens indiqués audit Article, elles le soumettent au Conseil de sécurité.

Si le Conseil de sécurité estime que la prolongation du différend semble, en fait, menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales, il décide s’il doit agir en application de l’Article 36 ou recommander tels termes de règlement qu’il juge appropriés.

Article 39. Le Conseil de sécurité constate l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

Article 40. Afin d’empêcher la situation de s’aggraver, le Conseil de sécurité, avant de faire les recommandations ou de décider des mesures à prendre conformément à l’Article 39, peut inviter les parties intéressées à se conformer aux mesures provisoires qu’il juge nécessaires ou souhaitables. Ces mesures provisoires ne préjugent en rien les droits, les prétentions ou la position des parties intéressées. En cas de non-exécution de ces mesures provisoires, le Conseil de sécurité tient dûment compte de cette défaillance.

Article 41. Le Conseil de sécurité peut décider quelles mesures n’impliquant pas l’emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l’interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques.

Article 42. Si le Conseil de sécurité estime que les mesures prévues à l’Article 41 seraient inadéquates ou qu’elles se sont révélées telles, il peut entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu’il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales. Cette action peut comprendre des démonstrations, des mesures de blocus et d’autres opérations exécutées par des forces aériennes, navales ou terrestres de Membres des Nations Unies.

Article 51. Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. […]

Pour résumer la Charte des Nations-unies impose le devoir de non-ingérence d’un État dans les affaires intérieures d’un autre et exige que les différents éventuels entre États soient portés à la connaissance du Conseil de Sécurité. Celui-ci prend des décisions qui font prévaloir – en priorité – un règlement pacifique et négocié des différents entre États. Décisions renforcées si nécessaire par des mesures non-violentes et si elles sont insuffisantes le Conseil de Sécurité habilite par mandat toute autre action qu’il juge nécessaire au maintien de la paix.

Ainsi la menace ou l’usage de la force militaire – hors de cas de légitime défense (individuelle ou collective) – sont strictement proscrits par le droit international. L’usage de la force est un dernier recours autorisée par le Conseil de Sécurité lorsque toutes les voies de règlement pacifique d’un conflit ou les mesures coercitives non-violentes se sont révélées inadéquates. Dans ce cas le mandat d’habilitation et recours de la force armée doit être mesuré et proportionné à la menace.

Malheureusement plusieurs Etats semblent peu enclins à reconnaître de bonne foi ces règles du droit international ou à assumer leurs obligations et responsabilités en tant que membres des Nations-Unies. Le Secrétaire-général des Nations-unies vient a nouveau de mettre en garde l’administration des États-Unis d’Amérique qui persiste à faire sourde oreille, à ignorer ses engagements internationaux et à menacer d’une agression militaire la Syrie – État-membre des Nations-Unies ! [6]

La France qui elle aussi menace la Syrie d’une agression militaire piétine ses engagements à respecter les conventions internationales. Voyons par quelle manipulation le pays des droits de l’homme et du citoyen en est venu à représenter une menace pour la paix et la sécurité de la communauté internationale.

Stratégie de manipulation et propagande autour des « preuves »

Avant de détailler les étapes de cette manipulation de l’opinion, nous souhaitons dire à tous ceux qui ont des preuves de crime de guerre ou autres infractions d’ingérence ou actes de menace, d’agression, de violation d’intégrité territoriale ou tout fait constitutif d’un différent – perpétrés par la Syrie ou par tout autre partie – de « prendre leur responsabilité » et les présenter au Conseil de sécurité de l’ONU seul chargé de décider en toute autorité à prendre les mesures qui s’imposent pour le respect du droit international. Il s’agit là d’une précaution préalable nécessaire. Car si chacun s’imaginait comme les autorités françaises avoir le devoir impérieux d’intervenir de sa propre autorité sur un prétexte choisi plus ou moins fondé et faire en toute illégitimité usage de la force, le monde entier s’enfoncerait vite dans la barbarie.

Ainsi toute la stratégie des promoteurs d’une agression de la Syrie appelée pudiquement « intervention » (et non par le synonyme « ingérence » plus connoté) va etre de tenter de noyer cette évidente simplicité du droit international.

1. Étapes d’une stratégie d’intoxication

Sous le pitoyable prétexte de « crédibiliser le droit international » il faut : premièrement blâmer et critiquer l’inaction et la paralysie du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Il faut éviter d’évoquer la conférence de Geneve2 où les négociations entre parties prenantes sont prévues pour tenter de trouver une solution pacifique, concertée et diplomatique au conflit syrien.
Il faut présenter à l’opinion (et non au Conseil de sécurité bien entendu) une « faute » et des « preuves » des autorités désignées comme « ennemies » – syriennes en l’occurrence – (à défaut un faisceau de présomptions et indices) comme casus belli et prétexte « d’intervention militaire ». « Preuves » qui n’ont bien sûr aucune valeur en l’absence d’un différent réel et d’une décision de l’ONU à ce sujet.
Pour ce faire, il s’agit de saturer les médias par une propagande belliciste de la pire espèce comme on a pu en voir l’effet à la veille de la Seconde guerre mondiale. Ainsi, l’incident de Gleiwitz le 31 août 1939 a servi de prétexte pour déclencher la guerre contre la Pologne le 1er septembre 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale. [7]

Il est en général de bon ton d’agrémenter ce discours manipulateur par des réflexions édifiantes au sujet de la « lutte de la civilisation contre l’ignoble barbarie », d’autres parleront de « l’axe du mal contre le bien » etc… Le ministre Ayrault en déclarant : « Face à la barbarie, la passivité ne peut être une option » utilise la même ficelle. Croit-il sincèrement qu’une expédition punitive et illégale fasse un jour progresser la civilisation ? [8] Si c’est vraiment le cas sa place n’est pas à un poste de responsabilité, d’autorité et de magistrature aussi important.

Derniere étape : il n’est pas inutile d’activer des réseaux de type 5ieme colonne qui vont agiter ces « preuves » comme dernier élément du débat et ainsi occulter facilement le cadre du droit international et toute autre considération utile et sérieuse. [9]

2. Les « Preuves » contre la Syrie : les faits et le droit

Dernièrement un document de quelques feuillets des services secrets est présenté à l’opinion comme ultime argument. La focalisation du débat sur ces « preuves » est donc le premier levier de cette stratégie de communication. Cela permet de passer sous silence l’inutilité absolue de ce débat sur « preuves » tant qu’elles ne sont pas constitutives d’un dossier concernant un différent entre la France et la Syrie et présentées selon la forme qui convient au Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui lui seul est habilité à prendre une décision.

Mais nous ne tomberons pas dans ce piège. On se rappelle des « preuves » présentées avec solennité par M. Colin Powell sur les armes de « destruction massive » en Iraq. Et nous nous souviendrons de l’utilisation de « preuves » par les nazis pour manipuler l’opinion allemande et justifier l’agression de la Thecoslovaquie, de la Pologne, etc. En réalité toutes les « preuves » du monde ne nous permettront jamais d’intervenir « en toute légitimité » en Syrie ou d’agresser un pays souverain hors d’une situation réelle de légitime défense ou de tout mandat de l’ONU.

Malheureusement, à l’ONU, les « preuves » sont une chose, une autre est d’en faire « un cas de guerre légitime » un casus belli. Il faut démontrer qu’il y a violation du droit international, violation des traités, la légitime défense, etc. C’est une autre paire de manche…

Les présomptions et autres faisceaux d’indices au sujet des événements de Damas le 21 aout 2013 n’entraîneront aucune décision de frappe militaire « punitive » du Conseil de sécurité, ni aucun mandat autorisant le recours à la force. Premièrement parce que cette autorité dispose d’un large dispositif de mesures de coercition et qu’elle envisagera en priorité les solutions de règlement pacifique. Avec par exemple l’exigence d’accélérer le processus de négociation prévu par Geneve2. De plus il n’existe aucun différent réel entre la France et la Syrie. A moins que la France ait subit des pertes par le bombardement du 21 aout ? Mais cela serait avouer un cas de violation du territoire national de la Syrie et un cas condamnable d’ingérence voir d’agression militaire de la France. Ce dont les autorités syriennes auraient tout lieu de se plaindre auprès du Conseil de sécurité.

Toute l’opération psychologique repose sur l’accusation du pouvoir syrien de « gazer son peuple » et la violation prétendue par la Syrie de ses engagements internationaux concernant l’usage d’armes chimiques.

Ce qui serait condamnable, et nous serions les premiers à le faire, serait l’usage d’armes chimique – à dessein – sur une population civile sans défense. Mais ce n’est pas le cas. Il est calomnieux de décrire M. Bachar Al Assad comme s’amusant à temps perdu à gazer la population syrienne au petit bonheur; quels auraient été ses intérêts ayant préalablement été averti des conséquences de tels actes ? Dictateur, mais loin d’être un fou enragé. Or, selon les prétentions du rapport français ces gaz auraient été utilisés dans le cas précis d’une opération militaire dans l’objectif de contrer l’encerclement délibérée des milices dijhadistes et occidentales [10] autour de points stratégiques de la capitale syrienne.

 Si des civils se trouvaient dans cette zone de combat c’est probablement qu’ils ont été empechés d’en fuir devant l’imminence de l’offensive de l’Armée régulière, retenus sur place contre leur gré par des jihadistes souhaitant s’en servir comme bouclier humains et faire porter le nombre des victimes sur le compte de l’armée régulière. Ici la responsabilité des pertes civiles est partagée, il y a ceux qui les ont bombardé à l’aveugle et ceux qui les ont maintenus dans la zone des combats – avec la complicité éventuelle d’instructeurs étrangers – et il est assez difficile de prendre partie sur ce point.

Sur le point de la violation par le pouvoir syrien de ses obligations internationales concernant l’interdiction des armes chimiques, rien n’est plus faux. M. Chevenement dénonce cette supercherie [11] devant le Parlement français le mercredi 4 septembre [12] :

« Des frappes aériennes sur la Syrie ne pourraient ainsi s’effectuer qu’en dehors du cadre de la légalité internationale. Vous invoquez la légitimité et même vous essayez d’invoquer une autre source de droit en vous référant à la convention ancienne et aujourd’hui dépassée de 1925 interdisant l’utilisation, en temps de guerre, des armes chimiques dont la Syrie et pour cause – elle était alors sous mandat français – n’était pas partie prenante. Quant à la Convention plus récente sur l’interdiction des armes chimiques signée à Paris le 13 janvier 1993, vous savez pertinemment que ni la Syrie ni l’Egypte ne l’ont signée, le négociateur égyptien de l’époque, M. Amr Moussa, ayant alors expliqué que son pays y adhérerait quand les armes de destruction massive, nucléaires, bactériologiques et chimiques auraient été éliminées du Proche-Orient, la détention d’une telle arme contribuant, selon lui, à un équilibre de dissuasion régional. La Conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP) de mai 2010 vise la création d’un Moyen-Orient dénucléarisé. C’est dans ce cadre général qu’il faut agir pour préserver dans cette région les équilibres de sécurité.

A l’heure actuelle, deux Etats ont signé mais n’ont pas ratifié la Convention d’interdiction des armes chimiques : la Birmanie et Israël, et six autres demeurent en dehors : Angola – Corée du Nord – Egypte – Somalie – Soudan du Sud – Syrie.

Vous évoquez la notion de crime contre l’humanité mais j’observe que le statut de Rome, portant création de la Cour Pénale Internationale (CPI), définit celui-ci très largement dans son article 7, mais ne mentionne pas spécifiquement l’utilisation d’armes chimiques. Dans la logique morale où vous vous placez, qui ne faut-il pas punir ? Les utilisateurs de bombes à fragmentation, de bombes au napalm, les pays qui refusent de signer les conventions d’interdiction des armes chimiques, bactériologiques, nucléaires, ceux qui n’ont pas ratifié le traité d’interdiction des essais nucléaires, ceux qui répriment par balles leur opposition ? La liste serait longue des Etats qu’il faudrait punir. »

En effet, l’Armée française elle-même disposait jusqu’en 1993 du systeme de missiles Pluton [13] (puis Hadès [14] jusqu’en 1997) doté d’une tête nucléaire de 10 à 25kt et d’une portée de 17 à 120 km. On imagine bien les dégâts et les pertes humaines civiles provoqués par une telle arme destinée à une « frappe tactique » sur les terrains d’opération ! Mais la légitime défense du territoire – contre les forces du pacte de Varsovie – justifiait la nécessité une telle arme de destruction massive nous disait-on à l’époque.

Peut-on accuser la Syrie d’infraction a une convention qu’elle n’a pas signé ou sur le motif d’un protocole qui ne concerne pas les faits reprochés, alors qu’en menaçant la Syrie d’une intervention militaire – sur cette base incertaine –  la France viole la Charte des Nations-unies qu’elle a signé et ratifié et qui s’applique pleinement dans la circonstance ? Ce défaut de base légale et cette violation du droit ne plaide pas en faveur de la France mais tout l’accuse dans cette position indéfendable.

Pour mieux discerner les tenants et les aboutissants de cette malheureuse affaire, il serait utile, par un bref aperçu, de la replacer dans son contexte.

Contexte politique et logique de déstabilisation

La Syrie est un pays très ancien [15] et Damas une des plus vieilles capitales du monde. C’est une nation indépendante et souveraine qui dispose d’une population instruite et d’un système d’État cohérent et évolué.

Lorsqu’en 2011 les « révolutions arabes » ont éclaté d’abord en Tunisie, ensuite en Egypte, Lybie, Barhein, Yemen, etc. beaucoup de commentateurs ont prédit la chute imminente du régime baassiste de Damas, il constitue selon ces experts une « anomalie » dans la région. En effet la Syrie compte 8,5% de minorités chrétiennes pour 90% de musulmans [16] mais avec 74% musulmans sunnites alors que le pouvoir est largement tenu par des chiites alaouites [17] En 2000 M. Bachar Al-Assad [18] succéde à son père Hafez Al-Assad qui a réussit à imposer un régime fortement autoritaire, structuré autour du parti unique du Baath, [Il] a mis en place un contrôle de l’ensemble de la vie politique syrienne. Il a conféré une stabilité à un pouvoir politique syrien marqué jusque là par les coups d’État. [19] Avec la répression brutale de l’opposition, une escalade de la violence entraîne un conflit ouvert avec l’apparition de milices jihadistes : Armée syrienne libre (FSA) et Front islamique de Libération de la Syrie, Jabat Al-Nosra. Ces groupes para-militaires reçoivent le soutien du Quatar, de l’Arabie Saoudite, des États-Unis, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de la Turquie, de la Katiba libyenne de Tripoli [20], du Hamas palestien, Al-Quaida en Irak et Mouvement des Talibans du Pakistan [21].

Est-il possible et comment expliquer que des nations occidentales pronant ouvertement la lutte contre le terrorisme se retrouvent associées à ces mouvements islamiques radicaux tant décriés ? Il n’y a pas si longtemps que la France prétendait « détruire » les terroristes au Mali [22] et par un curieux volte-face elle se retrouve en pointe pour agresser la nation syrienne aux cotés d’Al-Quaida et autres Jihadistes ?

Mais ce volte-face n’est que le troisième paradoxe que nous rencontrons. Nous n’avons pas d’explication officielle à donner à se retournement de stratégie française et occidentale, nous ne pouvons que nous lancer dans la spéculation.

L’hypothèse la plus vraisemblable est que la politique étrangère française a été placée sous la tutelle des services secrets des États-Unis : NSA et CIA. Ceux-ci comme en Afghanistan vers les années 79-91 ont décidé de se servir des brigades du jihad islamique comme supplétifs d’une guerre par procuration [23]. Ceci dans le cadre d’une stratégie de déstabilisation globale contre toute nation qui ne se soumet pas aux exigences politiques, économiques ou financières des maîtres de Washington. Plusieurs auteurs ont formulé cette thèse dite « stratégie du chaos » qui semble la plus pertinente et la mieux vérifiable à cette heure.

Ce même 21 aout le journal Le Monde retire un article de la publication. Traitant de la situation politique en Tunisie (Par qui ont été commandité les assassinats [24] de deux leaders démocrates M. Chokri Belaïd et M. Mohamed Brahmi ?) l’article offre cette conclusion alarmante (trop peut-être ? [25]) : « Le pire est donc possible en Tunisie et il est temps que le gouvernement français, et François Hollande, arrêtent de se prêter au double jeu des islamistes d’Ennahda. Les Frères musulmans ne veulent pas de la démocratie, incompatible avec leur vision d’une société régie par le Coran. A partir de ce postulat, on doit arrêter de les crédibiliser et de les traiter comme des démocrates respectables. » [26]

« Pour qui a bien compris que la bataille qui se livre en Syrie n’est pas celle de la démocratie contre l’autocratie, mais celle de la balkanisation et de l’islamisation radicale contre le maintien de l’unité et de la souveraineté d’un pays, il n’est pas étonnant de voir le porte-parole d’Al-Qaeda (le bras droit de Ben Laden, devenu le numéro 1 de la nébuleuse terroriste, Al Zawahiri – tout comme les Frères Musulmans et le Hamas) soutenir fermement la « rébellion » syrienne, autrement dit, de voir ceux que l’Occident prétend combattre lutter à ses côtés. » [27]

Dans ce contexte on comprend mieux le ministre M. Laurent Fabius. Celui-ci semble avoir renoncé à la mise en place rapide de la conférence Geneve2 sur la Syrie qui offrirait la part belle au gouvernement de Damas. En effet l’Armée régulière et les forces Kurdes reprennent peu à peu le contrôle du pays et il est envisageable désormais d’atteindre l’objectif d’une l’expulsion définitive des groupes jihadistes et irréguliers occidentaux du territoire syrien.

Il était temps de faire parler la poudre avant cette débâcle lamentable !

Il ressort qu’aucune nation n’est autorisée a faire usage de la force contre une autre, hors cas de légitime défense, sans mandat de ONU. La prétendue défense de valeurs universelles par l’envoi de surplus de bombes sur des troupes ou des bâtiments militaires ou civils d’une nation – hors du cadre de toute légalité – est en soi le reniement de toute valeurs civilisatrices et humaines, un acte honteux, l’expression d’une barbarie inqualifiable.

En prenant sur elle de « crédibiliser le droit international » la France du gouvernement Hollande-Ayrault ne fait que violer les règles de base de ce droit, discréditer les institutions internationales, nuire à l’esprit de légalité et compromettre les chances de règlement pacifique des différents.

L’aventurisme occidental s’appuie sur le bellicisme d’un État-major qui doit cesser de s’illusionner d’un sentiment d’impunité dans la conception, la préparation de crimes contre la Paix et le droit international. On voit bien que beaucoup de généraux français ont fait ce « choix de la défaite » et du déshonneur de leur Patrie en cautionnant le « grand jeu » d’une stratégie globale de déstabilisation. Une trop longue fréquentation des cercles du renseignement US et des salons de l’OTAN semble les avoir rendus réceptifs à l’idée d’une soumission à une puissance étrangère. Une nécessaire purge des États-majors ne devra laisser en place que les officiers loyaux, attachés aux principes républicains et hostiles à toute soumission aux faux-amis et ennemis de la France. Cette errance criminelle signe désormais l’échec de la thèse dangereuse d’une « armée de métier ». Le retour à la Loi Jourdan du 5 septembre 1798 et à la conscription nationale doit rendre les armes de la France dans les mains de ses jeunes citoyens.

Nous attendons une ferme résolution de toutes les nations du monde face à cette dérive et ce mépris du droit international. Il nécessaire de faire échec à cette aventure sanglante et sans lendemain d’un nouveau désordre mondial.

[1] Le procès de Nuremberg intenté par les puissances alliées contre 24 des principaux responsables du Troisième Reich, accusés de complotcrimes contre la paixcrimes de guerre et crimes contre l’humanité, se tint du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Sur la base des différents accords intervenus entre les Alliés, ce procès se déroula sous la juridiction du Tribunal militaire international siégeant à Nuremberg, alors en zone d’occupation américaine. Le tribunal avait été créé en exécution du traité signé le 8 août 1945 par les gouvernements des États-Unis d’Amérique, du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, de l’Union des républiques socialistes soviétiques et par le gouvernement provisoire de la République française, afin de juger les dirigeants du Troisième Reich. Le tribunal devait se prononcer sur quatre chefs d’accusation différents : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, et crimes contre l’humanité, ce dernier point étant une notion partiellement nouvelle.

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_contre_la_paix et http://fr.wikipedia.org/wiki/Crime_d%27agression

[3] 24 octobre 1945 : entrée en vigueur de la Charte de l’ONU, ratifiée par la Chine, les États-Unis , la France, le Royaume-Uni, l’URSS et la majorité des autres pays signataires, marque l’existence officielle de l’Organisation des Nations unies.

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_Nations_unies

[5] Charte des Nations-unies http://www.un.org/fr/documents/charter/chap1.shtml

[6] http://www.lesechos.fr/economie-pol…

[7] « six membres du SD et douze prisonniers déguisés en Polonais arrivèrent à Gliwice et diffusèrent un message appelant la minorité polonaise de Silésie à prendre les armes pour renverser le chancelier allemand Adolf Hitler. Les douze prisonniers furent ensuite abattus et l’on convoqua plusieurs journalistes pour témoigner de l’attaque polonaise. Ce prétexte, repris par la propagande nazie comme casus belli, permit à Hitler d’attaquer la Pologne dès le jour suivant » http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Himmler

[8] La France fait marche arrière vers la barbarie http://fr.radiovaticana.va/articolo.asp?c=725601

[9] Le site reflets.info par exemple regroupe actuellement un certain nombre d’auteurs et de messages distillant astucieusement le doute et la confusion propres à désorienter l’opinion. voir : http://reflets.info/est-il-possible-pour-un-journaliste-de-traiter-sereinement-le-conflit-syrien/

[10] « Selon les informations recueillies par Le Figaro, les premiers contingents syriens formés à la guérilla par les Américains en Jordanie seraient entrés en action depuis la mi-août dans le sud de la Syrie, dans la région de Deraa. Un premier groupe de 300 hommes, sans doute épaulés par des commandos israéliens et jordaniens, ainsi que par des hommes de la CIA, aurait franchi la frontière le 17 août. Un second les aurait rejoints le 19. Selon des sources militaires, les Américains, qui ne veulent ni mettre de soldats sur le sol syrien, ni armer des rebelles en partie contrôlés par les islamistes radicaux, forment discrètement depuis plusieurs mois, dans un camp d’entraînement installé à la frontière jordano-syrienne, des combattants de l’ASL, l’Armée syrienne libre, triés sur le volet. À la faveur de l’été, leurs protégés auraient commencé à bousculer des bataillons syriens dans le sud du pays, en approchant de la capitale. « Leur poussée se ferait désormais sentir jusque dans la Ghouta, où les formations de l’ASL étaient déjà à l’œuvre, mais sans réellement pouvoir faire la différence aux abords de la forteresse damascène », explique David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas). » Syrie : l’opération anti-Assad a commencé http://www.lefigaro.fr/international/2013/08/22/01003-20130822ARTFIG00438-syrie-l-operation-anti-assad-a-commence.php

[11] supercherie : Tromperiefraude ou canular où il entre une certaine finesse.

[12] Syrie : le jour d’après Intervention de Jean-Pierre Chevènement, dans le cadre du débat sur la situation en Syrie au Sénat, le 04 septembre 2013 http://www.chevenement.fr/Syrie-le-jour-d-apres_a1506.html

[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Missile_Pluton

[14] http://fr.wikipedia.org/wiki/Missile_Had%C3%A8s

[15] « Les premières traces d’agriculture ou d’élevage furent trouvées en Syrie. Les archéologues ont démontré que la Syrie accueillait l’une des plus anciennes civilisations et les Amorrites (un des plus anciens peuples de l’Antiquité) Le premier alphabet du monde fut inventé en Syrie, à Ougarit. Les réalisations artistiques et culturelles de la Syrie antique sont nombreuses. Les archéologues ont découvert que la culture syrienne rivalisait avec celles de la Mésopotamie et de l’Égypte, surtout autour d’Ebla. De plus, beaucoup d’artistes syriens ont contribué à la pensée et à la culture hellénistique romaine. Cicéron était un élève d’Antiochos d’Ascalon à Athènes. Et les livres de Poseidonios ont beaucoup influencé Tite-Live et Plutarque. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Syrie Il est souvent question de la Syrie dans l’Ancien Testament. A l’époque du prophète Elysée un général syrien nommé Naaman est guéri de la lèpre. « Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie, jouissait de la faveur de son maître et d’une grande considération ; car c’était par lui que l’Éternel avait délivré les Syriens. Mais cet homme fort et vaillant était lépreux. »2 Roi 5:1

[16] http://fr.wikipedia.org/wiki/Syrie Groupes / Population / pourcentage

[17] Après la Première Guerre mondiale, les Français, qui reçoivent le mandat sur la Syrie, créent un Territoire des Alaouites. Se défiant du nationalisme arabe des sunnites, ils encouragent pendant l’entre-deux-guerres un particularisme alaouite qui veut faire de ceux-ci un peuple à part entière, n’ayant rien à voir avec les Arabes (assimilés dans l’ensemble du Moyen-Orient aux sunnites) et dont l’histoire remonterait aux Phéniciens, à la manière des Maronites au Liban. http://fr.wikipedia.org/wiki/Alaouites

[18] http://fr.wikipedia.org/wiki/Bachar_al-Assad

[19] http://fr.wikipedia.org/wiki/Hafez_el-Assad

[20] http://fr.wikipedia.org/wiki/Brigade_de_Tripoli

[21] http://fr.wikipedia.org/wiki/Tehrik-e-Taliban_Pakistan

[22] Mali. François Hollande veut « détruire » les terroristes Le président a rappelé les trois objectifs de l’opération française face aux jihadistes : « arrêter l’agression », « sécuriser Bamako » et préserver l’intégrité territoriale du pays. « Interrogé sur le sort qui serait fait aux jihadistes, François Hollande a été ferme. « Ce que nous allons faire si on les retrouve ? Les détruire », a affirmé le président de la République. « Ces terroristes, s’ils veulent ne plus terroriser, ils peuvent abandonner leurs armes et quitter le territoire malien. (…) Pour le reste si nous pouvons, nous ferons des prisonniers, (…), ça pourra être utile », a-t-il ajouté. » http://www.francetvinfo.fr/monde/mali/la-france-n-a-pas-vocation-a-rester-au-mali-affirme-francois-hollande_204413.html

[23] « La CIA et des forces spéciales américaines forment depuis des mois dans le secret des rebelles syriens en Jordanie et en Turquieselon le Los Angeles Times. Ce programme, qui a longtemps alimenté la rumeur, a débuté en novembre 2012 dans une base américaine au sud-ouest d’Amman. D’après le journal qui cite un commandant de l’opposition, il consiste en sessions de deux semaines pour 20 à 45 combattants. Les insurgés de l’armée syrienne libre (ASL) s’entraînent au maniement de fusils et missiles antichars et d’armes lourdes pour résister aux avions des forces loyalistes. La Maison Blanche a annoncé le 13 juin qu’elle voulait apporter un « soutien militaire » aux insurgés, mais n’a jamais précisé officiellement si cela impliquait de leur fournir des armes. Des analystes estiment que Washington n’enverra pas d’armements lourds et sophistiqués, mais du matériel léger, insuffisant pourchanger le cours du conflit. » La CIA entraîne depuis des mois des rebelles syriens 22 juin 2013 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/06/22/la-cia-et-les-forces-speciales-americaines-entrainent-les-rebelles-syriens_3434723_3218.html

[24] http://www.liberation.fr/monde/2013/08/27/tunisie-un-groupe-salafiste-responsable-des-meurtres-d-opposants_927410

[25] Tunisie : les jihadistes prépareraient une vingtaine d’assassinats http://www.liberation.fr/monde/2013/08/28/les-jihadistes-accuses-de-chercher-a-destabiliser-la-tunisie-par-la-violence_927729

[26] La Tunisie à la veille de la guerre civile http://www.europe-israel.org/2013/08/voici-larticle-retire-hier-soir-par-le-journal-le-monde-ayant-pour-titre-la-tunisie-a-la-veille-de-la-guerre-civile/

[27] Néolibéralisme et conséquences L’Occident à la Conquête du Chaos : le Cas Syrien Guillaume de Rouville 31 Août 2013 http://www.alterinfo.net/L-Occident-a-la-Conquete-du-Chaos-le-Cas-Syrien_a94319.html