Chirurgie, un bistouri intelligent à l’étude

L’appareil, qui pourrait être homologué d’ici 2 à 3 ans, arrive à différencier les tissus tumoraux des tissus normaux en quelques secondes.

Les chirurgiens en rêvaient depuis longtemps, des chercheurs de l’Imperial College à Londres l’ont fait : créer un bistouri « intelligent« , capable d’analyser quasi immédiatement les tissus sectionnés afin de déceler la présence de cellules cancéreuses, d’en retirer le plus grand nombre et ainsi d’éviter au maximum une nouvelle opération. Dans la revue Science Translational Medicine, ces auteurs, de nationalité britannique et hongroise, décrivent leur « iKnife« . D’abord utilisé pour distinguer la viande de boeuf de celle de cheval, il a récemment prouvé son efficacité et sa rapidité de réponse chez des malades.

Le iKnife combine deux technologies. Il s’agit d’abord d’un bistouri électrique qui découpe les tissus par la chaleur, ce qui entraîne la formation de vapeur. Les fumées émises sont analysées par un volumineux appareil relié au bistouri : un spectromètre de masse. Il décrypte en environ trois secondes la composition des tissus sectionnés, en les comparant à une base de données comportant 3 000 références. Auparavant, il fallait en moyenne une demi-heure pour obtenir les mêmes informations.

La première partie du travail des inventeurs a consisté à analyser des prélèvements collectés auprès de plusieurs centaines de personnes opérées afin d’enregistrer les caractéristiques des tissus cancéreux (provenant de tumeurs du cerveau, du poumon, du sein, de l’estomac, du côlon et du foie) ou non-cancéreux, et de créer cette bibliothèque de référence. Il faut savoir que les différents types de cellules cancéreuses produisent des milliers de substances (des métabolites) à différentes concentrations, ce qui peut révéler leur nature pathogène.

Les tests réalisés au bloc opératoire et en temps réel viennent de confirmer le bien-fondé de ces travaux. Les essais conduits par les chercheurs sur les malades opérés ont montré que le iKnife a été efficace dans 100 % des cas. Et comme ce bistouri intelligent est très précis, les chirurgiens peuvent adapter leur geste au fur et à mesure des résultats fournis. Il n’est donc plus nécessaire d’effectuer une large résection afin d’enlever toutes les cellules tumorales. En outre, le risque de récidive est réduit, tout comme l’importance du geste opératoire (et souvent la taille des cicatrices).

Le Dr Zoltan Takats de l’Imperial College London (coauteur de l’étude), souhaite désormais tester le iKnife sur 1 000 à 1 500 patients présentant différents types de cancers. Si les résultats sont concluants, son appareil pourrait être homologué d’ici deux à trois ans. Le prototype a coûté environ 200 000 livres (soit un peu plus de 230 000 euros), mais le prix devrait baisser avec une utilisation commerciale. Enfin, ce bistouri intelligent devrait être utile dans d’autres situations que le cancer, car il peut aussi identifier des tissus ayant un apport sanguin insuffisant, de même que la présence de bactéries.

Par Anne Jeanblanc, Le Point

Vidéo du iKnife : cliquer ICI