Comment résister à la crise ? Choisir son emploi, sa localisation et devenir résilient ?

On me demande souvent comment se préparer à l’effondrement économique qui risque désormais de survenir à tout moment. En premier lieu, il est important de se préparer avant tout à une situation économique durablement épouvantable avec une longue et plus ou moins lente déliquescence de nos sociétés plus qu’à un effondrement brutal et rapide de l’ensemble du système et de ses institutions. Non pas que celui-ci soit impossible, un accident boursier ou financier est si vite arrivé que cela n’est évidemment pas à exclure loin de là, mais ce n’est ni le scénario en cours ni le scénario le plus probable. Ce qui est en cours, actuellement, sous vos yeux, partout dans le monde aussi bien en Amérique du Nord, qu’au Japon en passant par l’Europe, c’est-à-dire dans l’ensemble des pays dits « développés », c’est une raréfaction massive de l’emploi et donc une crise lancinante qui exclut progressivement de plus en plus d’hommes et de femmes du travail et donc de la redistribution des richesses. Chaque année, des millions de nouveaux pauvres arrivent. Pourtant, tant que vous ne perdez pas votre emploi, finalement la crise reste relativement invisible. Le chômage et la décroissance forcée sont vécus comme des drames personnels (et ce sentiment est évidemment savamment entretenu par nos autorités) alors qu’il s’agit d’un mouvement d’ampleur, mondial, et qui en réalité matérialise un changement total de paradigme économique actuellement en cours.

Lors de mon dernier édito, j’ai eu l’outrecuidance d’évoquer le fait qu’il n’y avait plus de sous pour payer le social dont font partie les fonctionnaires dans la mesure où ils bénéficient de la dépense publique. Que n’ai-je pas reçu comme mails courroucés de nombreux camarades faisant partie de la fonction publique. Encore une fois, il ne s’agit pas de dire qu’ils méritent ou qu’ils ne méritent pas ! Tel n’est pas le sujet. À tous ceux qui croient qu’il y a plein de pognon et qu’il suffit de taxer les riches… je le leur dis en toute gentillesse et bienveillance qu’ils ont tort. Tort parce que les riches, ceux qui viennent en yacht chez nous, ne sont pas des résidents fiscaux français. Les seuls en mesure de payer sont les classes moyennes et les moyennes supérieures dont font d’ailleurs partie la grande majorité des fonctionnaires. Qu’il y ait beaucoup de riches dans le monde est une évidence. Croire qu’ils sont en France est une erreur. S’imaginer que l’on puisse les taxer plus sans qu’ils ne partent est encore plus bête… Les premiers qui devraient donc se préparer sont ceux qui dépendent de la dépense publique car ils pensent que cette dernière est « sûre » et certaine alors que la réalité est toute autre. Le déni est frappant et le courrier des lecteurs une nouvelle preuve flagrante de l’incompréhension de certains.

Se préparer à une situation économique durablement épouvantable c’est se préparer sur 3 plans parfaitement distincts les uns des autres mais qui, mis ensemble, vont former une stratégie globale. Votre stratégie globale de résilience.

Le PEL, patrimoine, emploi, localisation…

Vous connaissez tous le PEL, le plan épargne logement ! Actuellement et par les temps qui courent, l’idée devrait plus être de vous poser des questions métaphysiques sur le triptyque patrimoine, emploi, localisation !

En effet, le patrimoine, l’emploi (les compétences) et la localisation géographique sont les trois grands paramètres qui relèvent de votre responsabilité et de votre liberté. Vous pouvez toujours m’expliquer que vous êtes obligé de travailler là où vous travaillez, de vivre là où vous vivez, de dépenser comme vous dépensez, que vous « ne pouvez pas faire autrement ». Je vous dirai que c’est juste une excuse. Plus ou moins valable mais cela reste tout de même une ou des excuses. La réalité c’est que vous êtes libre. Libre de partir, libre de déménager, libre de changer d’emploi, libre de changer de pays ou de région, libre un en mot de changer de vie. Pourtant très peu d’entre nous utilisent pour tout un tas de raisons cette liberté encore offerte. Cela donne même assez souvent quelques reportages tristement cocasses à la télévision.

Passons rapidement en revue ces trois paramètres sur lesquels vous pouvez travailler et qui sont de votre ressort. Nous sommes bien d’accord sur le fait que nous ne maîtrisons pas la conjoncture économique, l’environnement politique, ou encore les directives européennes sans oublier la fiscalité qui s’impose à nous. Néanmoins, il est toujours bon de rappeler que nous sommes responsables de nos choix dans certains domaines.

Le patrimoine

Les grands principes que l’on doit appliquer ou vers lesquels on doit tendre dans la mesure du possible sont tout d’abord une politique systématique de désendettement. La dette est une privation de liberté de façon générale et les intérêts que vous payez sont une spoliation sur votre revenu. Premier objectif : ne pas avoir de dette (ou le moins possible, nous sommes bien d’accord que le fait d’acheter une maison cash est rare puisque 96 % des achats immobiliers donnent lieu à un crédit bancaire), cela veut dire que lorsque l’on a de l’épargne on rembourse au maximum par anticipation et on pense à négocier l’absence de pénalités de remboursement anticipé lorsque l’on prend un crédit. Évidemment, on ne finance pas à crédit son nouvel écran plat ou encore ses vacances de cet été. Si on n’a pas de sous, eh bien on attend…

On se débancarise au maximum en ayant à la banque que le strict nécessaire correspondant à sa situation, et enfin on va privilégier les investissements uniquement dans les actifs tangibles comme l’or, l’argent, les diamants, les forêts ou les terres agricoles. Enfin, l’objectif doit être dès maintenant de réduire votre consommation au nécessaire en éliminant tout type de superflu inutile. Il ne s’agit pas d’aller vous enfermer dans un couvent mais d’éliminer toutes les dépenses non vitales afin d’augmenter votre capacité d’épargne au maximum. La véritable liberté est celle qui est conférée par les économies disponibles. Avoir des sous d’avance c’est pouvoir faire face y compris à certains changements de choix de vie, ce qui va justement nous conduire à la notion d’emploi.

L’emploi

Aujourd’hui, ce qui compte n’est pas le statut cadre ou pas cadre, mais le savoir-faire. Votre savoir-faire est-il délocalisable et votre travail faisable par un petit Chinois et/ou Indien pour le tiers ou le quart de votre prix ? Les informaticiens commencent à découvrir les joies… des informaticiens indiens et chinois. La Société Générale a délocalisé une partie de sa comptabilité en Inde… pourtant la compta c’est un métier solide ! À voir. Votre travail est-il susceptible d’être remplacé à plus ou moins brève échéance par un robot, un humanoïde ou encore un automate, sans oublier Internet ! C’est le cas par exemple des caissiers, des vendeurs dans les boutiques, des serveurs, des pervenches ou encore de presque tous les manutentionnaires (caristes comme on dit !) sans oublier les centaines de milliers de petits banquiers dans les agences qui seront progressivement remplacés très avantageusement par les banques en ligne…

Je vous indique en annexe un article de Challenges sur les métiers de l’artisanat qui marchent encore ! Évidemment plombiers, électriciens et autres savoir-faire techniques ont le vent en poupe. La fuite d’eau c’est ici, pas en Chine ! Et il se passera du temps avant que l’humanoïde soit capable de vous réparer une fuite ! L’avenir est aux hauts potentiels intellectuels et… aux manuels. Entre les deux, c’est le chômage qui vous attend.

Vous devez donc, nous devons avoir une véritable réflexion aussi bien pour nous que pour nos jeunes autour de l’orientation professionnelle. Il faut se poser les questions. Il faut savoir aller à contre-courant. Il ne faut pas rester sur des idées préconçues du type… mon fils sera cadre ce qui ne veut plus rien dire en soi.

Enfin, sachez-le, c’est important à avoir en tête : avant, le salariat vous protégeait des aléas et l’emploi était facile à trouver. Il y avait donc assez peu d’intérêt à prendre des risques en entreprenant et en se lançant par exemple dans la création d’entreprise. Paradoxalement, avec le taux de chômage actuel, entreprendre devient finalement beaucoup moins risqué que de subir une pression très forte de son management et d’être viré à tout moment sans pouvoir éventuellement retomber sur ses pattes. En clair, entreprendre, c’est-à-dire être son propre patron, en ayant un savoir-faire non délocalisable et dont on a besoin est bien moins risqué que d’être un salarié en sursis de plan de social…

L’objectif ici n’est pas de vous donner une solution toute faite, simplement de partager avec vous des réflexions pour faire réfléchir et faire initier au plus grand nombre une prise de conscience sur le fait que le monde change et qu’il faut que nous changions avec lui pour ne pas le subir. Cela veut dire voir les choses autrement.

La localisation !

C’est un élément cardinal. En région parisienne en particulier et dans toutes les grandes villes en général, nous sommes totalement tributaires des services supports. Il n’y a aucune autonomie possible. Mais ce n’est pas tout. Les charges y sont particulièrement élevées et la vie très cher et la qualité de vie souvent n’est pas au rendez-vous. Le rapport qualité de vie/coût est très défavorable à la vie en ville. Quel est l’intérêt (financier uniquement, je ne parle pas des aspects affectifs) de vivre à Paris pour un retraité ou encore pour un smicard ? Il n’y en a aucun. Pour tous les gens qui font partie des classes moyennes et qui s’entassent dans des banlieues de plus en plus moisies, la question doit aussi se poser, car finalement là où c’est le pire et le moins évident c’est évidemment pour toutes ces classes moyennes qui gagnent entre 1 500 et 300 euros par mois et dont l’essentiel part entre les charges de logements, les frais de gardes des enfants ou la scolarité dans le privé, ou encore dans les frais de transport. À l’arrivée, ces classes moyennes vivent modestement en ville alors qu’elles seraient presque riches en termes de pouvoir d’achat à la campagne ! Mais le travail n’est pas à la campagne… voici l’argument avancé. Certes. Mais posez les calculs. En les faisant, on se rend compte que pour deux fois moins de revenus on arrive à un niveau de vie meilleur… alors parfois, pourquoi se fatiguer inutilement pour payer des charges et des impôts… Il est indispensable de se poser la question. Reste après ce que j’appelle la grande illusion de la carrière. Les gens pensent parce qu’on le leur fait croire qu’ils « feront carrière »… hélas, pour l’écrasante majorité d’entre eux, il n’en sera rien et ils ne feront pas carrière. Mais le simple fait de le croire, de l’imaginer ou de l’espérer suffit à enchaîner cette majorité silencieuse qui se réveille, déçue et désabusée, lors de son pot de départ à la retraite… Oublié les 42 annuités de bons et loyaux service en moins de 15 jours…

Là encore, il faut de l’humilité, beaucoup d’humilité par rapport à la situation à laquelle nous sommes confrontés. De l’humilité et aussi une grande réflexion personnelle. Encore une fois, je ne voulais pas vous donner d’idées toutes faites ou préconçues mais uniquement des pistes de réflexion en vous incitant à vous poser des questions auxquelles par confort on refuse de répondre.

Quelle gestion de patrimoine et comment je dépense. Bref, quelles sont mes mauvaises habitudes, puis quel emploi, quelle formation, bref, comment m’orienter ou me réorienter pour ne plus subir l’emploi ? Enfin quelle localisation. Ou vivre et pourquoi ? En prenant ces 3 grands paramètres en compte dans votre réflexion, vous ferez un très grand pas non pas vers la décroissance forcée mais vers la simplicité volontaire choisie. Cela change tout. Cela vous rendra plus fort, plus résistant, plus indépendant, plus solide, plus robuste pour aborder ce monde épouvantable qui nous attend.

En réalité, nous sommes libres, mais nous acceptons que les chaînes invisibles de la société de consommation nous entravent et nous réduisent à l’état d’esclaves et d’intermittents du spectacle capitaliste tout juste bons à être pompés jusqu’à la moelle aussi bien par les besoins que l’on crée que par les impôts que l’on nous prend.

Retrouver notre liberté individuelle c’est commencer déjà par prendre en main son propre destin et ses propres choix de vie, sans même se préoccuper des choix ou des actes posés par la société. Changer le monde c’est aussi et avant tout commencer par se changer soi-même. Bonne chance à toutes et tous et excellente réflexion basée sur l’approche « PEL » !!