d’ici 10 ans la France va dépasser l’Allemagne

En s’appuyant sur les travaux d’experts allemands, le Daily Telegraph prétend que la France sera économiquement plus forte que l’Allemagne dans une décennie.

La production de l’industrie allemande a accusé un fort recul de 4% en août sur un mois, bien plus fort que prévu, dans la foulée de la chute des commandes industrielles. Cette baisse actuelle des performances économiques en Allemagne fait couler beaucoup d’encre. Elle met en effet en évidence les limites d’un modèle qui s’essouffle, selon les experts Marcel Fratzscher et Olaf Gersemann dans le Daily Telegraph.

« La France peut passer pour l’homme malade de l’Europe, mais les malheurs de l’Allemagne sont plus profonds, enracinés dans le dogme mercantile, la glorification de l’épargne pour son propre compte et la psychologie corrosive du vieillissement » pouvait-on déjà lire dans le quotidien britannique au début du mois d’octobre.

Olaf Gersemann, rédacteur en chef des pages économiques du journal Die Welt, affirme en réalité que le « Wirtschaftswunder » (ou « miracle économique »), qui a posé les fondements de l’actuel modèle social à la suite de la seconde guerre mondiale, est monté à la tête des allemands. En effet, dans son nouveau livre intitulé The Germany Bubble, il affirme que l’Allemagne ne peut plus axer le développement de son économie nationale uniquement sur le commerce extérieur comme le conseillaient les théoriciens du mercantilisme.

Dégradation de la balance commerciale

Certes, dans les années 2000, l’Allemagne avait énormément profité de l’expansion des pays émergents et tout particulièrement des BRICS. Néanmoins, ces nations traversent aujourd’hui une période moins faste économiquement. Leur demande de biens d’équipements diminue, ce qui se répercute négativement sur la balance commerciale allemande.

De plus, le modèle allemand dépend également de ses partenaires commerciaux européens, dans la mesure où l’Allemagne aide les pays de l’Union économique et monétaire de l’UE à financer les importations de ses propres produits. Or, l’Europe va mal et a 30% de chances d’entrer dans une période de déflation lors des prochains mois, selon le Daily Telegraph. Cette menace de la déflation ne peut qu’avoir un impact désastreux sur la demande extérieure en Europe et également mettre en péril le modèle économique germanique.

L’affaiblissement de ce modèle s’est d’ailleurs déjà traduit dans les chiffres. En août dernier, l’industrie allemande a enregistré une chute de 5,7% des commandes. Cette contraction de la demande extérieure nuit à la production industrielle et à sa croissance économique. 4 grands instituts allemands ont donc revu à la baisse la croissance du PIB allemand : 1,3 % sur l’année 2014 au lieu de 1,9%.

Des inégalités sociales accrues

Par ailleurs, Olaf Gersemann explique que la politique allemande d’austérité salariale mène le pays à sa perte. En réalité, les réformes du marché du travail « Hartz IV », mises en place par l’ex-chancelier Gerhard Schröder entre 2003 et 2005 et considérées comme étant à l’origine du regain de compétitivité de l’Allemagne, ne constituent en aucun cas une solution viable sur le long terme pour le pays.

En effet, ces réformes n’ont pas d’impact positif sur la productivité. Selon l’OCDE, la productivité allemande aurait même diminué de 0,3% par an entre 2007 et 2012. De plus, ces réformes du travail aujourd’hui très controversées ont des conséquences désastreuses sur le plan social. Les entreprises installées en Allemagne s’entêtent à comprimer les salaires, et ces mesures ont entraîné l’apparition d’un sous-prolétariat de 7,4 millions de personnes employées pour des jobs à mi-temps qui sont exonérés d’impôts jusqu’à 450 euros. Derrière les chiffres flatteurs du chômage en Allemagne se cache donc des réalités bien plus inquiétantes.

Les salaires réels sont aujourd’hui au même niveau que dans les années 1990 et la société allemande n’a jamais été aussi inégalitaire. Pour preuve, un cinquième des enfants allemands sont élevés dans la pauvreté. Par conséquent, le modèle allemand, qui consiste à subventionner les exportations grâce à la baisse drastique des salaires, favorise l’enrichissement d’un petit nombre d’élites industrielles au détriment de la majeure partie de la main-d’œuvre allemande.

Le déclin démographique allemand

En outre, dans son livre, Olaf Gersemaan ajoute que l’Allemagne s’apprête à connaître un fort déclin démographique. En effet, l’Allemagne a un taux de fécondité très faible et va perdre 200.000 travailleurs par an dans la décennie qui arrive. Le ratio de dépendance démographique, qui est le rapport entre l’effectif de la population qui dépend des autres et l’effectif de la population qui peut prendre en charge les autres, va passer de 31% en 2010 à 41% en 2020.

Ceci atteste de l’échec des pouvoirs publics allemands lors des dernières décennies. Ils n’ont en effet pas réalisé les investissements suffisants dans les structures sociales et familiales.

« L’Allemagne se proclame modèle du monde, mais l’orgueil précède la chute », conclut Olaf Gersemann.

Un manque d’investissement public

Marcel Fratzscher, président de l’institut allemand pour la recherche économique depuis 2013, fait d’ailleurs dans son livre Die Deutschland Illusion une critique du fétichisme fiscal du ministre des Finances Wolfgang Schaüble, maintenant inscrit dans la Constitution à travers une loi d’équilibre budgétaire à laquelle il est pratiquement impossible de déroger.

D’après le Daily Telegraph, Marcel Fratzscher est déçu de ce pays « se reposant sur ses lauriers, prisonnier de la fausse idée partagée que l’économie se gère comme le budget d’une famille, et rassuré à tort par la flatterie mal placée des pays voisins qui regardent rarement sous le capot du moteur allemand ».

A ce sujet, le FMI incite l’Allemagne à agir afin de lutter contre cette stagnation de l’économie européenne. Selon les experts de l’organisation mondiale, l’Allemagne doit relancer les investissements publics au lieu de se soucier aussi exagérément de son équilibre budgétaire. Elle peut se le permettre sans pour autant déroger aux nouvelles règles fiscales.

« Dans 10 ans, la France sera la première puissance de l’Europe continentale » conclut le journaliste du quotidien britannique. Une éclaircie dans un ciel français déjà bien gris.

Arnaud Caldichoury