Edward Snowden ou les murs ont des oreilles

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, quand à mes ennemis, je m’en charge ! »
(Voltaire)

Indignation européenne après les révélations d'espionnage de Edward Snowden
Indignation européenne après les révélations d’espionnage de Edward Snowden

« Les murs ont des oreilles »

Cette sentence, je l’ai entendu dès ma prime enfance. Autrement dit, on m’a fait savoir très tôt qu’il fallait se méfier de ce que l’on disait parce que quelqu’un était susceptible d’entendre et donc, par là, de jouer le rôle du cafard ou du corbeau.
On disait également : « les cafards, on les écrase ». Charmante allégorie, n’est-ce-pas ?

Tout le monde s’étonne aujourd’hui que l’on soit espionnés par les États-Unis. « Immense scandale », « méthode de la guerre froide », « faits dépassant l’entendement »… Les réactions n’ont pas manqué en ce mois de juillet  à la météo déjà suffisamment orageuse après les révélations explosives du magazine allemand Der Spiegel sur une vaste opération américaine d’espionnage visant l’Union européenne. Micros installés dans le bâtiment, infiltration du réseau informatique… les Etats-Unis auraient surveillé la représentation diplomatique de l’UE à Washington et à l’ONU et étendu ses opérations à Bruxelles.

Pensez-donc ! Nos « amis » nous espionnent !  Un fait suffisamment rare dans l’Histoire, voire exceptionnel pour faire scandale auprès d’une immense troupe de naïfs. Les pauvres espionneurs, qui jouent avec des écouteurs est-ce vraiment un rôle satisfaisant ? Un Nirvana ? La recherche de leur point G (comme : yes ! G trouvé !) ?
Mais enfin ! Toute raison gardée, cette campagne médiatique, n’est-elle pas une simple une forme d’hypocrisie officielle ? Il serait grand temps de revenir aux dures réalités de la vie depuis son apparition sur Terre, notre belle planète bleue ! La maladie du secret, les écoutes illégales, l’espionnage industriel, militaire, économique, technologique, ça ne date pas d’hier ! Allo quoi ?

« Une génération qui ignore l’histoire n’a pas de passé, ni de futur », écrivait Robert Anson Heinlein.

Qui a compris que l’on est tous fichés dès la naissance ? Hélas, pas grand monde en fait.
Or, l’état civil existe depuis belle lurette et personne ne se récrie. Napoléon vivrait aujourd’hui, qu’il serait le premier à faire l’oreille d’éléphant pour savoir qui est pour lui et qui est contre lui. Comme faisaient de même les Grecs et les Romains… C’est bien lui, Napoléon, n’est-ce-pas, qui a imposé l’état aux registres paroissiaux tenus par les curés.
En récupérant les données dont le monopole était alors l’apanage de l’Église pendant de nombreux siècles, il coupait l’herbe sous les pieds de la curaille. Le fichage a commencé ainsi, du moins étatiquement.

Chez nous, la grande majorité des personnes cesse de protester de l’entrave aux libertés imposées par les gouvernements. Qui est d’accord pour posséder une carte d’identité dite inviolable ou un passeport « génétique » ? Si ce n’est pas du fichage et un contrôle de la population, c’est que je ‘ai encore rien compris.

Donc, depuis quelques petites semaines, gros scandale : nous apprenons que nos chers cousins, nos sauveurs et surtout « amis » d’outre-atlantique nous écoutent, décryptent nos conversations téléphoniques, scrutent nos messages électroniques et tout le monde s’offusque.

La belle affaire !  Nous sommes déjà mis en fiches dès la naissance. Cela nous semble normal et nous ne nous récrions pas de ces faits. Alors à quoi bon protester plus ?
Sachons accepter que l’hégémonie américaine soit ce qu’elle est en ne confondant pas les mots « amis » et « alliés » ! Aucun peuple n’a jamais eu d’amis, sinon que temporairement…et en ce cas ce ne sont pas des zamis mais de simples alliés. Et ce n’est pas parce que l’on est « alliés », (même fous à lier…) que nous n’avons pas des intérêts communs mais surtout des intérêts divergents tant sur les plans économiques, technologiques, culturels ou autres. Les mots ont un sens mais pas souvent celui que l’on souhaite leur attribuer. Alors, reprenons tranquillement, sans nous surchauffer les neurones au wi-fi, appliquons dans nos expressions tant verbales qu' »octétiques », les bonnes vielles définitions littérales et étymologiques. Sachons enfin (re)faire oeuvre utile dans leurs utilisations comme nous l’ont enseignés de nombreux écrivains classiques qui eux faisaient les bons choix même si nous ne souhaitons pas passer à la postérité au moins cela nous évitera les conflits d’interprétations douteuses, voire manipulatrices.

Aux Etats-Unis, les Mormons, secte par excellence, ont créé depuis très longtemps une immense base de données qui recense tout le monde, même les morts, et ce, quelle que soit leur nationalité. Est-ce que nous nous insurgeons contre ces pratiques ? Où sont les appels pétitionnaires internationaux ou interplanétaires ? Que nenni ! Rien ! Silence radio !

Parce que, malgré nos belles lois et organisations, CNIL et autres cousins cousines, nous n’avons pas et n’aurons jamais le pouvoir d’empêcher qui que ce soit dans le monde d’établir des bases de données à partir de la généalogie et des registres de l’état civil.
De plus, le recensement réalisé par cette secte est tel que tout le monde peut y avoir accès, chacun a la possibilité de consulter la fiche de son « ami », son voisin, son chef, son ennemie, son allié… La mise en fiche des populations est judicieusement et méticuleusement organisée par ces mêmes mormons, et le baptême des morts de nos ancêtres dont ils tiennent un ministère impérieux nous laisse totalement indifférents. Les nombreux détectives missionnés pour des recherches, tant par des notaires que des familles (ou plus…) en font leurs choux gras. Mais savez-vous aussi, qu’en France et ce depuis des lustres, l’Administration donne très aimablement et gracieusement le droit d’accès à la consultation des fiches personnelles de chaque citoyen sur le fichier du dernier recensement officiel de la population pour qui le souhaite et ce sans aucun motif si ce n’est que votre simple curiosité ou plus… ? Là aussi çà ne vous choque pas, aucune manifestation de rue, aucun tract, aucune pétition.

D’ailleurs, pensez-vous que nos propres pays restent passifs et n’ont aucun besoin dans leurs missions de sécurité nationale, de défense économique, industrielle, technologiques et de protection globale de la société dont vous êtes membre de droit votre depuis apparition sur ce globe tout en souhaitant fort paradoxalement que cet état vous protège des méchants ainsi que vos entreprises pour vous éviter plus de périodes de chômage, voire finir au RSA ou, pire, SDF plus rapidement que votre voisin ?

A moins de faire preuve de grande naïveté et/ou d’esprit paranoïaque, acceptons que le fichage soit international et que les écoutes gouvernementales soient normales, cela ne nous empêchera jamais de penser comme nous le faisons et il serait absurde et surtout impossible de vouloir lutter contre en se tapant les petits poings sur la poitrine, d’autant que cette dernière ne mérite certainement pas cet flagellation à moins que… les masochistes peuvent cependant y trouver un certain plaisir.

Nos propres gouvernants n’ont de cesse de nous encadrer par la voie de l’espionnite, mais pensez vous que le fait de déclarer votre flamme à votre chat soit si indiscret que vous vous dépêchiez d’ailleurs de mettre en statut sur votre faceboock ou votre tweeter – (vous savez ces géniales applications « morpionniques », du style « un ami en amène un autre »), avec smartphone à main nue et coque personnalisée pour être bien visible et mieux repérable sur les terrasses de vos brasseries préférées – cette prise de position si secrète ? Cette photo si « charmante », de plus fichtrement, très, diablement, drôlement, extrêmement, sacrément, vachement bien géocalisée par l' »ami » Gogol I° ?

Mais nous, les crieurs, les rabat-joie, petits citoyens de la « France d’en bas », qu’avons-nous à leur cacher qui serait si important pour qu’ils s’intéressent à nos flux de conversations quotidiennes, nos si chères et si intéressantes métadonnées ? En quoi avons-nous peur de ce Big Brother, de ce 1984 de George Orwell ?  Sommes-nous si importants à leurs yeux ou pensons-nous seulement l’être avec tout bonnement de bien tristes sentiments d’égo aussi démesurés que nos gouvernants ?
Si, par simple extraordinaire (sic!), nous ne souhaitons pas qu’ils connaissent pour qui l’on peut voter ou avons des tendances de toutes sortes, alors essayons d’abord de laisser ces informations personnelles dans le secret des urnes et des alcôves. Ne bénéficions pas des abattements fiscaux permis avec des adhésions et/ou des dons à des associations politiques ou autres soutiens insuffisamment vérifiés…

« Elle est tellement super cool la casquette de ce mouvement que j’en ai acheté deux pour cet été avec aussi un tee-shirt et un badge; ma femme, elle, a préféré le superbe sac de plage ! » Ben, moi, après avoir vu l’autocollant de XYZ j’en ai collé un à l’arrière de ma voiture, wouah que c’est cool ! »

Bien qu' »en temps de révolution, qui est neutre est impuissant« , comme l’écrivait Victor Hugo, sommes-nous dans une révolution qui nécessiterait impérieusement un acte vital pour crier nos choix et vies privées sur tous les toits à chats de gouttières, quitte à les priver de leurs substances que nous exigeons si privées et ainsi polluer encore plus les oreilles de nos semblables avec nos futilités ?

A contrario, si nous nous empressons d’en faire étalage, alors c’est bien que nous voulons que cela se sache, se dise, se répète, soit repris, se multiplie, s’étende et s’entende jusqu’au tréfonds de la planète, et dès lors, soyons responsables, assumons nos déclarations, nos prise de positions, nos choix, parfois, souvent exprimés dans des conversations de café du Commerce réel ou virtuel, qui ne se terminent rarement, hélas, sans pugilats verbaux ou « octétiques » trop fortement sonorisés ne faisant que gêner les non-concernés physiques ou encombrant les serveurs en mangeant de la bande passante au détriment de ce qui est important aux autres et parfois urgent. Mais ce n’est pas grave, tant que Je parle, même pour ne rien dire, à mes yeux et mes oreilles, moi le troll des bois, J’existe, moi Je !

En lieu et place de grincement de dents, de cris d’orfraies, apprenons plutôt à préserver ce que nous estimons de si particulier et si cher ou inavouable pour certains… et discernons de ce qui nous est important, existentiel.
Sachons en tout premier lieu et le plus simplement du monde conserver notre libre-arbitre, respecter notre façon de penser car ils peuvent, tous autant qu’ils sont, vouloir nous embrigader, et cet aspect est bien plus grave. (De la Liberté)
Jamais, au grand jamais, les écouteurs, ces murs qui ont des oreilles, ne pourront interdire que nous pensions par nous-mêmes. Ce pouvoir est le nôtre, il est notre plus grande liberté, conservons-le, développons-le sans relâche et surtout transmettons-le au futures générations.

Finalement, qu’est ce qui est le plus choquant ? Que les américains et autres nous espionnent ou que cela fût officialisé avec, entre autres, l' »affaire » Edward Snowden cet ancien prolétaire volontaire richement rémunéré à la NSA, devenu traitre à son pays nourricier et « héro » virtuel de naïfs offusqués ?
Si ça, ce n’est pas un pied de nez magistral, c’est que je n’ai encore rien compris à ce monde.

« Rien n’est si dangereux qu’un indiscret ami, mieux vaudrait un sage ennemi. »
Les histoires sont pleines d’exemples qui illustrent la fidélité des chiens plutôt que celle des amis.
Ce matin, par texto, mon amie qui est ami avec un ami à Miami m’a dit que l’amie de son ami à Miami…