En ce 11 novembre…

La Grande Guerre a impliqué plus de trente pays et provoqué plus de 30 millions de morts civils et militaires.

Depuis un siècle, les historiens discutent des responsabilités politiques de la guerre, du rôle du « pangermanisme » et du « nationalisme revanchard », des torts respectifs des pays et des gouvernements : Allemagne, Autriche-Hongrie, Serbie, France, Angleterre. Il faudrait aussi s’occuper des causes économiques.

Georges Sorel fut alors parmi les rares à le dire : la bourgeoisie voulait à la fois lutter contre les derniers restes d’esprit féodal et contre le prolétariat révolutionnaire. La Première Guerre mondiale fut en effet aussi l’occasion pour les bourgeoisies européennes de régler son compte au vieux peuple ouvrier et paysan qui avait si longtemps incarné les « classes dangereuses », de se débarrasser des vieilles contestations populaires et des insurrections ouvrières européennes, en amenant le prolétariat indigène à diriger vers l’extérieur sa combativité ancestrale.

La guerre, de ce point de vue, fut une incontestable diversion à la lutte des classes. Le thème mystificateur de l’« union sacrée » permit de faire croire aux travailleurs qu’ils avaient quelque chose de commun avec ceux qui les exploitaient, que l’antagonisme de leurs intérêts pouvait être dépassé dans une lutte commune.

Lorsque le conflit s’acheva, les aristocraties s’étaient entretuées, comme d’habitude, tandis que plus d’un million de prolétaires, ouvriers des usines et paysans des terroirs, partis la fleur au fusil vers les champs de bataille, manquaient à l’appel. Le mouvement ouvrier était durablement décapité. Le capitalisme s’empressa de se réinstaller sur les charniers.

La Grande Guerre ne peut se comprendre qu’au regard de l’évolution historique d’un capitalisme qui est toujours à la recherche de nouveaux marchés et de débouchés extérieurs.

Le Capital se tourne régulièrement vers la guerre quand il n’a plus d’autre moyen de faire progresser la suraccumulation qui est sa raison d’être. Il n’est pas interdit de s’en souvenir aujourd’hui, au moment où ceux-là mêmes qui voulaient en 1914 contenir la puissance allemande cherchent maintenant à encercler et à contenir la puissance russe, non pour défendre le droit des Ukrainiens à disposer d’eux-mêmes, ce qui pourrait se défendre, mais pour pousser leur avantage et permettre à l’OTAN de s’avancer jusqu’aux frontières de la Russie.

A nos pauvres « Poilus »