La confiance est le fondement du lien social

La confiance est le fondement du lien social. Mais inversement, au sein d’une société, la confiance sociale est d’autant plus grande que les gens se rassemblent autour d’un mode de vie lié à des valeurs partagées. A l’époque moderne, la monnaie devient elle-même constitutive du lien social dans la mesure où elle sanctionne un rapport d’appartenance mutuelle. Le système monétaire repose tout entier sur la confiance.

Cette confiance-là est brisée. Après ce qui s’est passé à Chypre, les gens ne croient plus à une garantie qui rendrait leurs dépôts en banque inaliénables. Ils comprennent qu’il y a de bonnes chances pour qu’un jour leurs propres comptes soient ponctionnés pour sauver les établissements bancaires. Ils réalisent du même coup qu’un compte en banque n’est pas un lieu de stockage de valeur, mais une simple créance sur la banque : quand le créancier n’est plus solvable, le dépôt est perdu.

La monnaie n’est qu’un aspect des choses. Les gens n’ont plus confiance parce qu’ils ne croient plus à rien. Ils n’ont plus confiance, surtout, dans la classe politique. Ils voient que le jeu politique consacre l’alternance unique (Jean-Claude Michéa), c’est-à-dire l’alternance sans alternative. Ils voient qu’il n’y a plus de socialistes en France, mais seulement des libéraux de droite ou de gauche.

Il leur reste à comprendre que le libéralisme économique de la droite et le libéralisme « sociétal » de la gauche reposent sur les mêmes postulats fondamentaux, à savoir la primauté du droit naturel des individus à s’« autodéterminer » comme seule instance normative de la vie en société, l’un et l’autre relevant d’une même libéralisation de l’économie générale des échanges humains.

Partout, on voit que les choses se défont, se délitent, se désagrègent. C’est comme si l’on assistait à l’effondrement d’une tour filmé au ralenti. On a le sentiment d’un peuple en déshérence, d’un peuple de somnambules qui lèchent leurs plaies en faisant des cauchemars.

Un peuple qui oscille entre la crise de nerfs et l’abattement sous psychotropes. Un corps malade abandonné par l’esprit. Et pourtant, il monte dans ce pays une vague d’amertume et de dégoût qui peut se transformer en colère.

Toute la question est de savoir à quel moment l’addition des désespoirs et des déceptions, des rancœurs et des frustrations atteindra sa « masse critique ».

Lénine disait que les révolutions se produisent quand à la base on ne veut plus, et qu’à la tête on ne peut plus.

On n’en est peut-être pas très loin.