La crise de la zone euro est le produit de décennies de décisions antipolitiques en Europe

Il faut rendre à César ce qui est à César, et rappeler que la crise de la zone euro est le produit de décennies de décisions antipolitiques en Europe. Tant des constantes pressions allemandes pour pratiquer une politique malthusienne et faire de l’euro un super Deutsche Mark, que des faiblesses françaises. François Mitterrand, et ses successeurs, ont tout accordé à Berlin. Aujourd’hui, le résultat est catastrophique, l’Union européenne est au plus bas, frappée par une multitude de crises majeures : économiques, migratoires, géostratégiques, morales aussi. Comme souvent dans ces problématiques complexes, les torts sont partagés et personne ne peut porter intégralement le poids de la faute. Une chose est cependant certaine : l’Europe politique n’existe pas, et n’existera pas avant longtemps.

On peut regretter que la France n’ait plus de dirigeants compétents, soucieux de l’avenir et dépassionnés idéologiquement, en capacité d’insuffler un vent politique nouveau en Europe. Si nous avions un vrai Président, peut-être pourrions-nous, dès aujourd’hui, réorienter totalement la construction européenne dans le sens d’une Europe des nations et des peuples collaborant sur des projets à la carte, sortir de la monnaie unique pour reprendre des monnaies nationales et une monnaie commune affectée aux échanges extérieurs, envisager l’Europe comme une frontière extérieure protectrice face aux multiples prédations contemporaines, tant de la finance que de l’immigration massive ou du terrorisme islamiste. Mais voilà, nos dirigeants n’ont que deux idées en tête, toutes deux aussi néfastes l’une que l’autre : maintenir sous respiration artificielle l’euro, partout où il est installé ; faire de l’Europe un grand marché financier hors sol, ouvert aux quatre vents, et sorte d’expérience universaliste postmoderne. Soit l’antithèse de la politique à mener.

En droit commercial, un créancier qui prête à des débiteurs qu’il sait insolvables peut être condamné pénalement. C’est pourtant exactement ce qu’il s’est passé lors de l’instauration de la monnaie unique. Les États européens, et les banques complices, savaient que la Grèce n’était pas un pays solvable, ils lui ont pourtant prêté des sommes qu’elle ne pouvait pas rembourser. Depuis 2008, nous prêtons à perte à la Grèce. Pire : en 2010, Nicolas Sarkozy a pesé de tout son poids pour transformer les dettes bancaires en dettes souveraines. Une erreur majeure que nous payons aujourd’hui. Pourquoi ce cadeau aux banques ?

Nous ne le saurons jamais, mais la responsabilité de l’ancien Président est pleine et entière.

Si nous devons appuyer une sortie de la Grèce de cette fiction mortelle qu’est l’eurozone, nous ne devons sous aucun prétexte négliger l’importance géostratégique du pays de Socrate. Nous ne pouvons pas les abandonner purement et simplement à leur triste sort. Déjà parce qu’ils ne sont pas les seuls responsables (en 2010, la dette grecque pesait 110 % du PIB ; après application des règles de l’eurostérité, elle pesait 180 % du PIB, et ce alors même que le budget est en excédent primaire), ensuite parce que leur sort est lié au nôtre. Un « Grexit » intelligent ne peut se faire qu’en auditant la dette grecque, puis en la restructurant avec annulation concertée du paiement des intérêts, le tout sans versement de nouvelles aides. C’est-à-dire sortir de la spirale usurière consécutive à la crise des « subprimes ».

Les Grecs n’ont pas encore les moyens de la souveraineté. Ils devront, par conséquent, appliquer des réformes majeures et drastiques : réforme de l’État, taxation des armateurs et du clergé, dévaluation pour diversifier l’activité économique du pays… En contrepartie, soyons solidaires et comprenons que la Grèce est la pointe orientale de l’Europe, et ne peut être affaiblie sans risques géopolitiques majeurs. La Turquie attend patiemment, elle n’est d’ailleurs pas la seule à convoiter cet accès aux mers chaudes. La Grèce est le point de passage de l’immigration et des trafics de toutes natures (drogue, œuvres d’art), en provenance du Moyen-Orient et de l’Asie. Tsípras a eu le mérite de réveiller l’Europe grâce au référendum, mais il n’est déjà plus l’homme de la situation.

Répétons-le : ni Bruxelles, ni Lampedusa, ni TAFTA.