La gauche fait dans le sociétal pour ne pas faire dans le social

C’est au moment où la crise financière n’en finit pas d’imposer des politiques d’austérité à des sociétés en voie de paupérisation, où la récession s’installe presque partout en Europe, où la situation de l’économie paraît désormais hors de contrôle, où l’endettement des États a globalement doublé depuis 2008, où les inégalités de revenus se creusent, où la part des salaires dans le PIB des pays occidentaux est tombée à 57 % tandis que les revenus du capital continuent au contraire à s’accroître, où la tutelle disciplinaire des marchés financiers accentue tous les jours la dépossession des souverainetés démocratiques, où la dette de la France est en passe de représenter 100 % du PIB, où l’on compte dans notre pays plus de trois millions de chômeurs et dix millions de pauvres, où 85 % des contrats de travail sont à durée déterminée, où les licenciements et les « plans sociaux » se succèdent en cascade, où les classes populaires sont frappées de plein fouet par la crise tandis que les classes moyennes sont pour la première fois menacées de déclassement…que le gouvernement français a choisi d’abandonner toute politique sociale pour donner dans le « sociétal » en donnant la priorité à des « débats de société » dont les empoignades à propos du « mariage pour tous » ont été récemment l’exemple le plus frappant.

François Mitterrand avait déjà abandonné le socialisme en 1983 en proposant l’« Europe » – en fait le libéralisme de Maastricht – comme nouvel horizon. La gauche fait aujourd’hui dans le sociétal pour ne pas faire dans le social. Elle s’empare des « sujets de société » pour masquer sa conversion au libéralisme mondialisé.

L’objectif est de donner l’illusion qu’il existe encore un clivage droite-gauche à propos de ces « sujets de société » alors que ce clivage a déjà volé en éclats avec le recentrage de tous les partis autour de la logique du marché.