L’alternative, c’est la guerre

Jamais le monde n’a été aussi incertain, jamais on n’a assisté à un bouleversement aussi général. Dans tous les domaines, on rebat et on redistribue les cartes. D’anciennes problématiques s’effacent, d’autres se dessinent.

La hantise des États-Unis est aujourd’hui de voir s’affirmer une alliance sino-russe qui préluderait à la constitution d’un grand bloc continental. Lancés dans une série de guerres d’agression géopolitiques, ils font donc tout pour encercler la Chine et la Russie, faire adopter un Traité transatlantique destiné avant tout à couper l’Europe de la Russie, manipuler artificiellement les prix du pétrole, et ils le font avec leur brutalité habituelle.

La Russie, de son côté, cherche à mettre en place un nouvel axe géopolitique avec Pékin et Téhéran, facteur de rééquilibrage multipolaire face aux menées atlantistes. Les Chinois, après avoir longtemps tergiversé, ne se cachent plus de vouloir « désaméricaniser le monde ». Mais l’avenir de la Russie, grande puissance encore fragile, comme celui de la Chine, confrontée à ses contradictions intérieures, restent incertains.

En Europe, les pays de l’Est hésitent sur la voie à suivre – d’autant que l’Allemagne cherche à remplacer l’ex-URSS comme fédératrice de l’Europe centrale et orientale.

Nous assistons à une recomposition des formes de la domination mondiale. Les États-Unis, avec leurs marchés financiers, leurs forces armées, leur langue et leurs industries culturelles, restent la première puissance mondiale. Leur poids économique décroît cependant peu à peu.

La Russie et la Chine, imitées par d’autres pays tiers, utilisent de plus en plus largement leurs monnaies nationales dans leurs échanges et leurs investissements. Le projet d’un commerce des matières premières énergétiques sans dollars commence à prendre corps. Parallèlement, les achats d’or s’intensifient. L’avènement d’une nouvelle monnaie de réserve internationale appelée à remplacer le dollar semble inévitable.

Saturation des marchés, explosion de la dette, baisse tendancielle des taux de profit, déclin européen, généralisation de la fausse conscience, activation d’un processus sub-chaotique de décivilisation, le monde semble être entré dans une phase implosive, voire terminale. Peut-on en sortir autrement que par la guerre ?

Oui, il n’est plus déraisonnable de penser que la guerre approche et que ce sera une nouvelle guerre mondiale. Ce ne sera pas une « guerre des civilisations » (il faudrait, pour cela, qu’il y ait encore des civilisations), ni une guerre entre l’« Islam » et l’« Occident », mais encore une fois une guerre entre l’Est et l’Ouest. Une « lutte finale » entre la puissance de la Terre et celle de la Mer, entre les forces continentales et les forces thalassocratiques, entre le système de l’argent et le principe de réalité. L’OTAN, devenue une alliance militaire offensive au service des guerres américaines, reste la coalition la plus menaçante pour la paix mondiale. La désignation par les Américains de Vladimir Poutine comme leur ennemi principal est déjà un signe. Le 4 décembre 2014, la Chambre des représentants a adopté une résolution équivalant à une déclaration de guerre contre la Russie.

L’alternative, c’est la guerre.