L’argent périra par l’argent

Autrefois, on devenait riche parce qu’on était puissant ; aujourd’hui, on est puissant parce qu’on est riche.

L’accumulation de l’argent est vite devenu, non le moyen de l’expansion marchande, comme le croient certains, mais le but même de la production de marchandises.

La Forme-Capital n’a pas d’autre objet que l’illimitation du profit, l’accumulation sans fin de l’argent.

Le pouvoir d’accumuler l’argent donne évidemment un pouvoir discrétionnaire à ceux qui le possèdent.

La spéculation monétaire domine la gouvernance mondiale. Et le brigandage spéculatif reste la méthode de captation préférée du capitalisme.

L’argent ne se confond cependant pas avec la monnaie. La naissance de la monnaie s’explique par le développement de l’échange marchand.

L’argent est cet étalon universel qui permet d’assurer l’équivalence abstraite de toutes les marchandises.

Le désir d’argent est un désir qui ne peut jamais être satisfait parce qu’il se nourrit de lui-même.

Toute quantité, quelle qu’elle soit, peut en effet toujours être augmentée d’une unité, en sorte que le mieux s’y confond toujours avec le plus. Ce dont on peut avoir toujours plus, on n’a jamais assez.

C’est bien pour cela que les anciennes religions européennes n’ont cessé de mettre en garde contre la passion de l’argent pour lui-même.

De nos jours, l’argent fait l’unanimité. Le langage de l’économie est devenu omniprésent.

L’argent est désormais le point de passage obligé de toutes les formes de désir qui s’expriment dans le registre marchand.

Le système de l’argent, pourtant, n’aura qu’un temps. L’argent périra par l’argent, c’est-à-dire par l’hyperinflation, la faillite et le surendettement.

On comprendra alors, peut-être, qu’on n’est jamais vraiment riche que de ce que l’on a donné.