Le changement d’avis d’Obama sur la Syrie démontre que les temps ont changé

Le président américain Barack Obama a accueilli mardi la proposition russe de placer l’arsenal d’armes chimiques syrien sous contrôle international alors qu’il cherchait à sortir de l’impasse dans laquelle il se trouvait depuis que ses efforts pour obtenir l’aval du Congrès pour une intervention militaire sont tombés à l’eau

Le virage à 90° du président américain, qui se tourne dorénavant vers une solution diplomatique multilatérale au lieu d’une action militaire, marque un tournant historique de la politique étrangère américaine, qui est devenue plus introspective que par le passé.

M. Obama a surpris nombre d’observateurs lorsqu’il a décidé de chercher à obtenir le feu vert du Congrès pour procéder à une frappe militaire en Syrie en vue de punir le gouvernement syrien d’avoir utilisé des armes chimiques au cours d’une attaque dans la banlieue de Damas le 21 août. Depuis des décennies, ses prédécesseurs n’avaient pas considéré ce type de décision comme étant du ressort du président.

Le climat politique évolue pourtant à vitesse grand V aux États-Unis et l’opinion publique a perdu son enthousiasme pour les interventions dans des contrées lointaines après une décennie de guerres successives qui n’ont fait que créer des guerres perpétuelles en Irak et en Afghanistan dans lesquelles des milliers de soldats américains ont péri.

Les coûts faramineux de ces guerres associés aux résultats mitigés des interventions n’ont pas manqué de choquer l’opinion publique américaine. C’est pourquoi cette nouvelle suggestion d’intervenir en Syrie a rencontré peu d’enthousiasme au sein de la population américaine.

Tous les sondages se recoupent : environ 60 % des Américains s’opposent à une intervention en Syrie, et seulement 20 à 30 % la soutiennent.

La logique est simple : le pays a un besoin criant de se sentir cajolé après une longue récession, et les Américains sont devenus bien plus introspectifs qu’auparavant.

Le clivage politique à Washington ne fait rien pour arranger les choses non plus, et Barack Obama doit donc compter sur le peuple américain pour surmonter l’obstructionnisme républicain contre une grande partie de son programme de politique intérieure lors de son second mandat. Les dangers afférents à la décision de procéder à une frappe militaire qui irait à l’encontre de l’opinion publique sont évidents.

M. Obama, qui est bien conscient de cela, a donc opté pour lancer une discussion nationale sur la décision de procéder ou non à une frappe militaire en Syrie et l’étendue d’un éventuel déploiement américain alors que les temps ont changé.

Ses efforts intensifs pour obtenir l’autorisation du Congrès ont donné peu de résultats, et les médias ont fait remarquer une forte division bipartite dans les deux chambres du Congrès. Si le vote devait avoir lieu aujourd’hui, la décision pourrait ne pas aboutir, et ainsi mener à l’humiliation du président.

Suite à cela, le secrétaire d’État John Kerry a annoncé qu’une intervention militaire pourrait être évitée si Bachar el-Assad « remet son arsenal d’armes chimiques à la communauté internationale la semaine prochaine ». Cette solution a été retenue, transformée en proposition par la Russie, et acceptée par la Syrie.

Grâce à ce développement, M. Obama a trouvé un moyen de sortir de la bataille perdue d’avance pour convaincre le Congrès et le peuple américain de bombarder un autre pays et a rapidement saisi l’occasion.

Ce point de vue chinois sur la décision américaine de tempérer ses ardeurs guerrières est remarquable à plus d’un titre.

Tout d’abord, pour les Chinois et les Russes, cela signifie qu’ils sont capables de mettre en échec la stratégie géopolitique de Washington.

Cela signifie aussi que c’est une forme de défaite pour les USA et la fin de la puissance hégémonique et unipolaire des États-Unis.

Il n’est pas évident du tout que les Américains se contentent de ce genre de situation et il est fort à parier qu’ils feront tout pour continuer à maintenir leur leadership.

C’est la raison pour laquelle je pense qu’il ne s’agit que d’une temporisation dans la crise syrienne. Les bruits de bottes s’éloignent mais vont revenir.