Les gens réels, ceux qui composent le peuple, ne sont pas dans le déni

Une certaine gauche n’a pas perdu la bataille des idées parce que des arguments décisifs lui ont été opposés mais parce que son discours s’est fracassé sur le mur du réel.

Pendant des années, on nous a successivement expliqué que la mondialisation allait ouvrir à tous des perspectives radieuses, et que la précarisation de l’emploi allait faire reculer le chômage, qu’il n’y a pas de problème de l’immigration, qu’il n’y a d’ailleurs pas plus d’immigrés aujourd’hui que dans le passé, et que c’est en fin de compte une grande chance qu’ils soient aussi nombreux, qu’il n’y a pas non plus de problème de la laïcité, pas de problèmes d’armes dans les banlieues, que les terroristes sont une simple poignée de psychopathes et qu’ils ne peuvent pas avoir de complices parmi les migrants, que la crise financière est derrière nous, qu’à l’école « le niveau monte », qu’il faut supprimer les frontières.

La gauche progressiste s’est ainsi enfermée dans le déni. Le déni n’est pas l’ignorance, ni même l’aveuglement. C’est tout simplement le refus de voir ce que l’on voit.

Les gens réels, ceux qui composent le peuple, ne sont pas dans le déni. Ils constatent que les inégalités ne cessent de s’étendre, que le pouvoir d’achat stagne ou diminue, que la mondialisation profite à quelques-uns mais menace le plus grand nombre, que les pathologies sociales liées à l’immigration ne cessent de s’étendre, que l’école est en train de sombrer. Parce qu’ils sont en état de panique morale, ils s’inquiètent de la radicalisation qu’ils voient monter un peu partout. Ils ne prêtent plus l’oreille aux tenants de l’extase migratoire, qui servent la soupe aux patrons du Medef en voulant abolir les frontières. Ils comprennent mal qu’on leur assure en même temps que les races n’existent pas mais qu’il faut « promouvoir la diversité ». Indifférents à la culture de l’excuse, ils ont tendance à penser que la cause première des crimes, ce sont ceux qui les commettent. Ils ont l’impression que le libéralisme sociétal ne vaut pas mieux que le libéralisme économique (échangisme et libre-échangisme, même combat). Ils ne croient pas que le sexe des ministres ait beaucoup d’importance, que la suppression des frontières va favoriser le vivre-ensemble, qu’on va décourager les prédateurs sexuels en s’attaquant aux « stéréotypes de genre » ou redresser le niveau scolaire en supprimant les accents circonflexes.

Bref, ils voient ce qu’ils voient et ils constatent que les médias ne parlent pas de ce qu’ils voient – ou que, lorsqu’ils en parlent, ce qu’ils disent ne correspond pas à la réalité.

Face à cette situation, la classe dominante ne connaît que le sanglot, l’anathème et le sermon : elle se croit assiégée parce qu’elle n’est plus entendue. La classe dominante vit hors-sol dans un univers fictif dont elle a fait un prolongement d’elle-même. Elle nie le réel pour ne pas « faire le jeu » de ceux qui veulent garder les yeux ouverts. Tout cela en pure perte. La banquise a commencé à fondre et les digues à craquer.

Personne n’y croit plus.