Malek Boutih : « Nous ne sommes qu’au début de la dérive islamiste ! »

Ce que pointe Malek Boutih du doigt c’est qu’il s’agit bien moins de religion – l’islam n’est qu’un prétexte – que du rejet massif d’un modèle de société qui n’offre à cette jeunesse-là ni le matériel ni le spirituel.

Les sociétés sont mortelles. On apprend à l’école (pour quelque temps encore ?) la chute de l’Empire romain, rongé de l’intérieur par la prévarication, la dégradation des mœurs, la perte de toute vertu civique et, pour finir, la défense du territoire concédée aux « barbares » mercenaires agrégés au fil des conquêtes.

Il a remis, il y a deux semaines, au Premier ministre un rapport intitulé « Génération radicale » sur lequel s’est penché Le Figaro. Son sujet d’enquête : « la dérive islamiste d’une partie de la jeunesse française, sachant que près de 65 % des individus impliqués dans les filières djihadistes ont moins de 25 ans ». Les conclusions sont plus qu’alarmantes, laissant craindre que « la dérive islamiste en France ne se transforme en phénomène de masse ». Car ce que pointe Malek Boutih du doigt et que nous avons déjà écrit ici, c’est qu’il s’agit bien moins de religion – l’islam n’est qu’un prétexte – que du rejet massif d’un modèle de société qui n’offre à cette jeunesse-là ni le matériel ni le spirituel. « Le succès des recruteurs djihadistes auprès des jeunes repose sur l’adhésion à un projet politique entrant en résonance avec leurs préoccupations internationales et leur rejet de la société démocratique occidentale, plus qu’à une doctrine religieuse fondamentaliste », écrit-il.

Il poursuit : « Le corpus de valeurs et l’ordre social très peu contraignant de nos sociétés démocratiques occidentales ne fournissent pas un cadre suffisamment englobant et sécurisant pour s’y ancrer et s’y attacher […]. La notion de République est inintelligible, comme diluée dans le libéralisme et la modernité, et le sentiment d’appartenance à une communauté nationale est très affaibli. Or, une partie de la jeunesse refuse ces valeurs trop “molles” et cherche à se distinguer. »

Se fondant sur les chiffres, Malek Boutih affirme que « la radicalité islamiste est dans un mouvement ascendant au sein de notre société ».

De plus s’y ajoute, dit le député de l’Essonne, « l’enracinement d’un nouvel antisémitisme » particulièrement inquiétant, et impensable il y a encore vingt ans. Là-dessus il faut sans doute remercier monsieur Netanyahou, sa politique de colonisation guerrière dans les territoires occupés et ses appels appuyés à l’aliyah. Dès lors, « dans les quartiers, le discours du “deux poids deux mesures”, entre des juifs qui seraient insérés et protégés et des musulmans au contraire stigmatisés et marginalisés socialement, a rencontré un large écho ».

Enfin, conclut Malek Boutih, « si les premières vagues de djihadistes comportaient essentiellement des individus fragilisés, plus faciles à recruter, désormais les recruteurs ciblent des proies au profil plus stable et moins détectable et on peut penser que ce phénomène va s’amplifier ».

De tout cela, les partis qui nous gouvernent depuis quelques décennies sont grandement responsables. Responsables par leur incurie délibérée, fruit d’une cécité idéologique qui leur a fait nier les problèmes pour se focaliser sur le Front national, érigé en ennemi national, réputé par son discours cause de tous les maux et axe central de toutes les politiques.

Le regard que Malek Boutih pose sur la déroute de la gauche en 2002, sur l’aveuglement sociétal des années Jospin où tout était ramené à l’emploi et au développement économique : «Résumer la crise française aux difficultés économiques est réducteur, les faits politiques de ces dernières années le prouvent, en particulier l’élection présidentielle de 2002.»

Le jugement est sans concession mais très pertinent.

Réhabiliter un projet politique républicain, voilà de quoi il s’agit désormais, et nous serons d’accord sur ce point avec Malek Boutih, mais un projet qui allie le regard perspicace qui a été posé dans ce rapport avec des solutions peut-être davantage radicales et audacieuses.

Télécharger le rapport « Génération radicale » de Malek Boutih : http://www.boutih.fr/wp-content/uploads/2015/07/G%C3%A9n%C3%A9ration-radicale.pdf