Mondialisation, il n’y a plus d’ailleurs

La mondialisation est-elle un phénomène nouveau ?

Beaucoup d’auteurs assurent qu’il n’en est rien et n’hésitent pas à la faire remonter à la Renaissance, à la découverte du Nouveau Monde, voire à l’empire romain. D’autres présentent la mondialisation comme liée à l’émergence de la modernité.

On ne partagera pas cette façon de voir, qui masque ce qu’il y a de rigoureusement inédit dans ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation.
En marquant le passage d’une économie internationale à une économie globalisée, la mondialisation actuelle crée un espace sans extérieur. Il n’y a plus d’extériorité par rapport à laquelle on pourrait définir le système auquel elle correspond, dans la mesure même où celui-ci tend à envahir tout le champ social. En d’autres termes, il n’y a plus d’ailleurs.

En outre, dans le passé, l’internationalisation des échanges n’a jamais exigé l’intégration des diverses communautés humaines dans une « société de marché » où le marché serait la référence paradigmatique de tous les rapports sociaux. Il y avait internationalisation des marchés, au sens où les capitaux pouvaient circuler plus librement, mais cette libre circulation n’empêchait pas les États d’exister.

La plupart des systèmes capitalistes avaient eux-mêmes un ancrage national : le capitalisme spéculatif et financier n’avait pas encore pris le relais du capitalisme industriel et marchand. Les acteurs essentiels de la vie internationale étaient encore les états-nations, et c’est dans le cadre des économies nationales que le capital se formait, ce qui n’est plus le cas désormais.

Le trait essentiel de la mondialisation n’est donc pas le phénomène d’ouverture des économies nationales, qui n’est effectivement pas nouveau, mais la perte de réalité de ces entités nationales sous l’effet de la décomposition des espaces de régulation nationaux.

Aujourd’hui, on en est à la soumission totale de la vie à la logique du profit, tandis que l’économique s’impose toujours plus au politique. La continuité historique que certains croient pouvoir observer n’est qu’une illusion.

Une nouvelle page est cependant en passe d’être tournée. La mondialisation est de nos jours critiquée de toutes parts et certains n’hésitent plus à évoquer une « démondialisation » dont les formes et les limites restent à déterminer.

La mondialisation n’est pas irréversible, mais elle a créé une césure irréversible.

L’« après-mondialisation » ne restituera pas le monde d’avant. Plus que la poursuite d’une aventure nationale ou civilisationnelle qui appartient à un cycle désormais achevé, mieux vaut sans doute réfléchir aux conditions possibles d’un nouveau commencement.