On a toujours besoin du passé quand le présent fait mal. Mais…

En couverture de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, le 20 août 2015, ce titre en forme de proclamation : « C’était mieux avant ! » Avant quoi ? Avant que tout ne se dégrade, bien sûr. Au bon vieux temps où l’on apprenait l’orthographe à l’école, où l’on valorisait la politesse, où les paysans n’étaient pas encore devenus des producteurs agricoles, où le chômage était quasi inexistant, au temps des sociétés relativement homogènes, où l’on ne se sentait pas étranger dans son propre pays, où il n’était pas nécessaire de se barricader chez soi, où les relations sociales se déroulaient sur fond de décence commune.

Oui, pour certaines choses du moins, c’était sans doute mieux avant. Et la nostalgie, comme le goût du passé, n’est pas forcément un mauvais sentiment. Régis Debray nous l’a fait remarquer : « Tous les grands révolutionnaires avaient du révolu en tête ou dans le cœur ». Avant lui, Alain Finkielkraut avait souligné que la détestation de la nostalgie n’est souvent que le masque d’un optimisme de principe : « Tout passéisme n’est pas réactionnaire ».

On a toujours besoin du passé quand le présent fait mal. Mais il y a un mauvais usage du passé, qui consiste à ne pas voir que, s’il est une dimension du présent, il ne saurait remplacer ce présent.

Les choses sont moins simples. Le passé a certes à nous dire. Il nous donne des exemples et nous fournit des leçons. Mais il ne permet pas de prédire. On peut recourir au passé, on ne peut pas y retourner.
Il n’est jamais agréable de vivre dans un monde en transition, et il est toujours difficile d’être contemporain de son présent. Mais il n’y a rien de pire que de ne pas prendre la mesure du moment historique que l’on vit.

Le monde se transforme mais, imperturbablement, chacun continue à tenir le même discours. (…) Les archaïsmes s’entretiennent mutuellement. Sans la droite, la gauche n’aurait plus rien à dire. Sans la gauche, la droite serait pareillement muette. En tant que telles, l’une et l’autre n’ont plus rien à proposer. Mais l’avenir n’est pas au retour en arrière. L’avenir est aux démarches transversales, aux nouveaux clivages. Ainsi faut-il interpréter les mutations actuelles du paysage politico-idéologique. Toutes les familles de pensée, intellectuelles, politiques et religieuses, sont aujourd’hui en train de se briser sur de nouveaux clivages : non plus la droite et la gauche, mais l’identité, l’individualisme et les communautés, le capitalisme libéral, les formes nouvelles d’aliénation sociale, les valeurs marchandes.

Mieux vaut chercher à penser le monde de demain qu’à se lamenter sur celui qui s’efface.