Plaidoirie pour une culture générale

1 kiloDE CULTURE GÉ­NÉ­RALE, Flo­rence Braun­stein et Jean-Fran­çois Pé­pin, Presses Uni­ver­si­taires de France 2014, 1680 pages, 29€ .

Extrait

Introduction : Sa­père aude, « ose sa­voir(1)»

Sans né­gli­ger ce que la culture peut ap­por­ter de connais­sances, de di­ver­tis­se­ments, mais aus­si de prise de conscience mo­rale et po­li­tique, elle est d’abord cette ten­sion de l’être… Ce sen­ti­ment d’être por­té au-des­sus de soi-même, d’ac­cé­der à des tré­sors et de les in­cor­po­rer, par une al­chi­mie per­son­nelle, à notre mé­moire vi­vante […], cette hu­ma­ni­sa­tion par la fer­veur qu’il s’agit de mettre à la por­tée de tous(2).

À un mo­ment où l’Eu­rope(3), dé­si­reuse de com­prendre les mé­ca­nismes de son évo­lu­tion, de son iden­ti­té, de sa culture, de sa place au sein du monde, tente de trou­ver des ré­ponses pour s’agran­dir dans un es­prit de paix, d’in­té­gra­tion et d’ac­cul­tu­ra­tion, il est bon de rap­pe­ler com­bien il est dif­fi­cile d’en don­ner une seule dé­fi­ni­tion au-delà des simples concepts his­to­riques, éco­no­miques et po­li­tiques. L’homme, son his­toire, sa culture ne se ré­duisent pas aux seules réa­li­tés ma­thé­ma­tiques, sta­tis­tiques, à des chiffres ou à l’énon­cé de quelques dé­crets. Un son ne se ré­duit pas à une vi­bra­tion, une émo­tion à quelques hy­drates de car­bone. Sé­duits par le pro­grès des sciences, pous­sés par notre vo­lon­té de maî­tri­ser la na­ture et la ma­tière, la culture et la culture gé­né­rale trouvent en­core une pe­tite place quand les tech­no­lo­gies nou­velles et le grand pu­blic, pour des be­soins iden­ti­taires, re­courent à un pas­sé com­mun, voire un pa­tri­moine. La culture est de­ve­nue par le jeu des ré­seaux plu­rielle et la culture gé­né­rale bien sin­gu­lière dans un monde où l’af­fec­tif et l’ima­gi­naire conduisent le bal. De la culture gé­né­rale nous sommes pas­sés à l’in­cul­ture pour tous. Serge Chau­mier dé­nonce les pa­ra­doxes de ce que de Gaulle, dans Le Fil de l’épée, nom­mait « la reine des sciences » : « Com­ment la culture peut-elle être à tous les étages et en même temps les in­éga­li­tés de­meu­rer réelles et per­sis­tantes ? Com­ment peut-on com­prendre que l’on dé­plore à la fois les in­éga­li­tés per­sis­tantes à chaque pu­bli­ca­tion d’une nou­velle en­quête sur les pra­tiques cultu­relles des Fran­çais, et que l’on se ré­jouisse avec rai­son que les ins­ti­tu­tions cultu­relles soient pré­sentes sur tout le ter­ri­toire jusque dans les zones ru­rales, que l’on s’es­bau­disse avec les so­cio­logues d’un rap­port à la culture dé­con­trac­té et par­ta­gé, où le cadre sup aime à pra­ti­quer le ka­rao­ké, et la mé­na­gère pod­cas­ter les der­nières ri­tour­nelles à la mode(4) ? »

Une paire de bottes vaut mieux que Shakespeare

Soit on lui at­tri­bue tout et n’im­porte quoi, le tout-ve­nant fai­sant par­tie de la culture gé­né­rale, soit nous sommes ten­tés de la je­ter aux ou­bliettes, parce qu’on ne sait plus vrai­ment quoi lui at­tri­buer. La culture et à sa suite la culture gé­né­rale sont de­ve­nues des terres en ja­chère, lais­sées en re­pos face à ce qu’elles de­mandent de tra­vail, de concen­tra­tion, d’ab­né­ga­tion, et où tout est mis en pra­tique avec ar­deur pour en faire un loi­sir comme n’im­porte quel autre, né de la spon­ta­néi­té, de l’im­mé­dia­te­té, ac­quis sans ef­fort, quelque chose qui reste lé­ger comme l’air du temps. Tout ap­par­tient au cultu­rel et prend place dans une so­cié­té dans la­quelle il faut res­ter tou­jours jeune, mince et mou­rir bron­zé.
La culture gé­né­rale est en ef­fet de­ve­nue un vaste fourre-tout où quiz, Tri­vial Pur­suit et culture d’en­tre­prise re­ven­diquent leur place. Tout y est mis à plat, au même ni­veau, toutes les œuvres, tous les moyens d’ex­pres­sion sont mis sur un pied d’éga­li­té, et nous ar­ri­vons à une es­pèce de « ca­fé­té­ria cultu­relle(5) », dé­non­cée par Claude Lévi-Strauss dans Re­gar­der, écou­ter, lire(6), et sou­li­gnée par Alain-J. Trou­vé : « On pour­ra s’amuser ou s’aga­cer, dans le même ordre d’idée, de voir consi­dé­rées comme élé­ments de culture gé­né­rale, des connais­sances aus­si dis­pa­rates que celles de la taille de Louis XIV, des rimes d’une chan­son de John­ny Hal­ly­day ou de l’iden­ti­té du vain­queur de la mé­daille d’or en boxe, ca­té­go­rie mi-mouche, lors des Jeux olym­piques de Syd­ney… Nous n’in­ven­tons pas ces exemples, pré­le­vés au ha­sard dans l’un de ces étranges “ca­hiers de culture gé­né­rale”, dont le suc­cès semble moins té­moi­gner, chez leurs ac­qué­reurs, d’un ap­pé­tit de culture que d’un an­xieux be­soin d’en me­su­rer ou d’en ac­croître le sup­po­sé ni­veau, sur fond d’ému­la­tion com­pé­ti­tive(7). » Pour­tant, si la culture gé­né­rale semble, comme le bon sens pour Des­cartes dans le Dis­cours de la mé­thode, « la chose du monde la mieux par­ta­gée », elle n’oc­cupe plus la place de lu­mière au sein de notre so­cié­té qui lui était al­louée jus­qu’alors, comme fon­de­ment et fon­da­tion de notre pa­tri­moine.

Tous re­ven­diquent le droit à leur hé­ri­tage, mais montrent du doigt ceux qu’ils tiennent pour en être les hé­ri­tiers (se­lon le terme de Bour­dieu), ain­si que leurs conflits d’ini­tiés, les let­trés parlent aux let­trés, aux yeux des dé­cli­no­logues les plus ra­di­caux. Alors il a fal­lu trou­ver des ar­gu­ments « pré­fa­bri­qués » pour consti­tuer son dos­sier et lui faire un pro­cès en sor­cel­le­rie, faire croire que la France pro­gres­se­ra avec des ba­che­liers, des fonc­tion­naires, des ad­mi­nis­tra­tifs sans culture. Trai­tés d’éli­tistes, taxés de dis­cri­mi­na­tion so­ciale, nous sommes re­ve­nus au plai­doyer de la « rai­son ins­tru­men­tale », for­gée par l’École de Franc­fort(8) dans les an­nées 1960. Elle était qua­li­fiée d’in­utile, de sec­taire, de sté­rile, d’ou­til pri­vi­lé­gié, d’un moyen de sé­lec­tion so­ciale. Bour­dieu in­sis­ta sur le fait que ce sont tou­jours les mêmes Hé­ri­tiers(9) qui re­ce­vaient les postes clefs, les ré­ser­vant ain­si à une seule ca­té­go­rie so­ciale. Les ma­thé­ma­tiques et les sciences furent donc glo­ri­fiées parce que « neutres ». Pierre Bour­dieu dé­nonce aus­si ces faits dans les an­nées 1960(10) et sa so­lu­tion sera de pri­vi­lé­gier les sciences au dé­tri­ment des hu­ma­ni­tés clas­siques, res­tées trop long­temps l’apa­nage de la bour­geoi­sie. Mais au­jourd’hui la ques­tion est autre. Les nou­velles voies de l’ex­cel­lence – des sé­ries scien­ti­fiques et éco­no­miques au bac­ca­lau­réat – ne sont plus l’apa­nage des élites bour­geoises, pas da­van­tage que la culture gé­né­rale. Le sys­tème édu­ca­tif fait tout son pos­sible pour que cha­cun puisse de­ve­nir ce qu’il sou­haite. On ou­blie trop sou­vent de men­tion­ner les ef­forts po­li­tiques des grands ly­cées pour in­té­grer des élèves dé­fa­vo­ri­sés fi­nan­ciè­re­ment, afin de les faire ac­cé­der aux classes pré­pa­ra­toires ou­vertes éga­le­ment à Nan­terre ou à Sar­celles.

Noyée par la dé­mo­cra­tie et dans une lo­gique éga­li­taire pous­sée jus­qu’à l’ab­surde, un uti­li­ta­risme à tout crin – « à quoi ça sert la culture ? » –, une culture de masse, culture ré­duite à une peau de cha­grin, la culture gé­né­rale a été contrainte, à dé­faut d’of­frir une vi­sion simple de ce qu’elle a tou­jours été, de de­ve­nir le ter­rain fer­tile d’en­jeux éga­li­ta­ristes au­tant qu’uti­li­ta­ristes. Par ailleurs elle su­bit les ten­dances de notre siècle en une croyance sans faille dans le monde que les sciences nous ré­vèlent. Ain­si, la culture gé­né­rale n’a pas, comme celles-ci, pré­ten­tion à dire le vrai, l’exact. Elle est donc consi­dé­rée comme un luxe fri­vole, don­nant l’im­pres­sion de de­voir tou­jours cou­rir der­rière comme dans le pa­ra­doxe de la flèche de Zé­non d’Élée, la­quelle semble ne ja­mais pou­voir être at­teinte. La science, les sciences ras­surent, parce qu’elles donnent le sen­ti­ment de pou­voir ac­cé­der à une exac­ti­tude, voire, par­fois, à une vé­ri­té par des ré­ponses ra­pides.

La voie de la facilité, une voie ra­pide

Telle est l’image ré­pan­due dans l’opi­nion, même si dans les faits, ce n’est pas tou­jours le cas. Au contraire, la culture gé­né­rale de­mande du temps, beau­coup de temps et notre époque ne l’a plus – elle veut du cer­ti­fié, de l’au­then­ti­fié exact en un temps re­cord. On la­bel­lise, on clone, on dé­mul­ti­plie les lo­gos, les images, les ex­pres­sions, les modes de vie. Tout s’au­to­pro­clame, s’au­to­jus­ti­fie, s’au­to­si­gni­fie en boucle ou en fi­gure d’Ou­ro­bo­ros, le ser­pent qui se mord la queue. Or, loin de ce sur­vol confor­miste – tou­jours plus vite, tou­jours plus fort –, mais aus­si loin des sa­lons mon­dains et des pré­cieux ri­di­cules, la culture gé­né­rale au cours des siècles s’est for­gé une place mé­diane. Elle ré­vèle, un peu comme dans la bi­blio­thèque de Jorge Luis Borges, que chaque dé­tour, chaque car­re­four, dé­bouche sur d’autres dé­tours, d’autres car­re­fours, me­nant à d’autres in­ter­sec­tions, alors qu’on pen­sait être ar­ri­vé au bout du che­min. Une pen­sée dé­rou­tante en dé­coule, ré­vé­lant la com­plexi­té de ce qui nous en­toure et nous in­vi­tant à nous y in­ves­tir. Ne voir dans un cercle que le sym­bole d’une fi­gure géo­mé­trique est plus ra­pide, mais moins sa­tis­fai­sant que de pou­voir al­ler au-delà de la simple évi­dence et se rendre ca­pable d’y re­con­naître en Inde la re­pré­sen­ta­tion du cycle du kar­ma, en Chine le com­plé­ment dy­na­mique, dans La Mo­nade hié­ro­gly­phique (1584) de John Dee le pa­ra­doxe du cercle, dans le tha­te­ron pla­to­ni­cien l’in­ter­mé­diaire né­ces­saire entre le même et l’autre, ou la ma­té­ria­li­sa­tion des cir­cu­mam­bu­la­tions dans les temples, au­tour d’un stu­pa, dans les ca­thé­drales, et « que sais-je » en­core comme le di­sait Mon­taigne.

Suivre l’opi­nion com­mune né­ces­site moins d’ef­forts et de connais­sances, mais nous fait voir aus­si le monde à tra­vers une lu­carne. La culture gé­né­rale a tou­jours eu cette vo­lon­té d’ou­ver­ture sur l’ex­té­rieur, sur les autres et sur soi. Elle re­fuse l’iso­le­ment, le fixisme et pri­vi­lé­gie la re­mise en cause, le ques­tion­ne­ment, même si notre époque croit va­lo­ri­ser ceux qui aiment les ré­ponses toutes prêtes, les conte­nus sans forme, le pré­fa­bri­qué dans la construc­tion de l’in­di­vi­du où le pa­raître a dé­trô­né de­puis long­temps l’être. Elle consti­tue le meilleur rem­part contre les idéo­lo­gies to­ta­li­ta­ristes, amies des idées uniques et sim­pli­fi­ca­trices te­nues pour un er­satz de culture gé­né­rale à ceux qui en sont jus­te­ment dé­pour­vus. Les to­ta­li­ta­rismes brisent la pen­sée, l’ar­rêtent dans son élan, re­fusent d’ac­cep­ter les dif­fé­rences des autres et, en ce sens, castrent l’iden­ti­té de ces ri­chesses. Ce sont des « mi­so­lo­gies » au sens où Kant l’en­ten­dait, une ruse de la rai­son contre l’en­ten­de­ment, un dis­cours contre la rai­son. L’in­cul­ture de­vient leur fonds de com­merce, elles l’en­tre­tiennent, le soignent, car elles ne se­ront ain­si ja­mais re­mises en cause. Alors, com­ment doit-on com­prendre son re­jet ? Certes, elle a le même ef­fet que le sfu­ma­to dans l’art : trop de lu­mière fait res­sor­tir l’ombre, trop de ju­ge­ment la mé­dio­cri­té. Sa mort est constam­ment an­non­cée, et avec elle celle de la culture fran­çaise(11), de­ve­nue ca­davre ex­quis, en­traî­nant dans son sillage toute la dis­pa­ri­tion du cultu­rel. Avant d’es­sayer de sai­sir les en­jeux de la dis­pa­ri­tion de tout un pan de la fa­çade cultu­relle et de la culture gé­né­rale elle-même, tour­nons-nous d’abord vers la dé­fi­ni­tion des termes « culture » et « culture gé­né­rale », puis­qu’ils sont sou­vent confon­dus.

De la culture des peuples à la culture du cultivé : les trois sens du mot culture

Nous pour­rions dire de la culture ce que Va­lé­ry di­sait de la li­ber­té : « C’est un de ces dé­tes­tables mots qui ont plus de va­leur que de sens, qui chantent plus qu’ils ne parlent(12). »

LE SENS AN­THRO­PO­LO­GIQUE DE CULTURE

Issu du la­tin cultu­ra, le terme « culture » ap­pa­raît au XIIIe siècle. À cette époque, il dé­signe l’ac­tion de culti­ver la terre, mais aus­si celle de rendre un culte au dieu. Il y a donc dès le dé­but l’idée d’ex­ploi­ter ce qui est en friche en terre, et d’en re­ti­rer ce qui est utile pour l’homme. Au XVIe siècle, le terme « culti­vé » fait son ap­pa­ri­tion et s’ap­plique aux terres qui ont été tra­vaillées. Le mot « culture » com­mence à être em­ployé dans un sens fi­gu­ré et se voit ap­pli­qué à d’autres do­maines, ten­dance qui se dé­ve­loppe sous la plume des phi­lo­sophes des Lu­mières. On passe de la si­gni­fi­ca­tion de « culti­ver la terre » à celle de « culti­ver l’es­prit ». Condor­cet men­tionne la culture de l’es­prit, Tur­got celle des arts, Rous­seau celle des sciences, d’Alem­bert celle des lettres. Ce qui se dé­gage, c’est la vo­lon­té de sou­mettre à la rai­son toutes les dis­ci­plines in­tel­lec­tuelles. Les phi­lo­sophes des Lu­mières ont vou­lu in­sis­ter sur la puis­sance de l’édu­ca­tion à trans­for­mer l’in­di­vi­du en « ani­mal ra­tion­nel ». Mais l’em­ploi du terme « culture » au sens fi­gu­ré de­meure li­mi­té : la « culture » ap­pelle tou­jours pour cette pé­riode un com­plé­ment de nom que ce soit pour les arts, les lettres, les sciences ou le pro­grès in­tel­lec­tuel d’un in­di­vi­du. Mais si son sens est res­treint, c’est aus­si que le XVIIIe siècle sys­té­ma­tise les va­leurs, les com­por­te­ments, les ré­fé­rences qui ont ca­rac­té­ri­sé la Re­nais­sance par son dé­sir de re­tour­ner au concret. L’ob­ser­va­tion des faits et la no­tion d’ex­pé­ri­men­ta­tion si forte dans la phi­lo­so­phie an­glaise du dé­but du XVIIIe siècle ont eu pour consé­quence un in­té­rêt plus grand de la part des pen­seurs pour la mé­thode plu­tôt que pour les ré­sul­tats eux-mêmes. Par ailleurs, la mé­thode de tra­vail émerge, source de di­gni­té de l’homme chez Locke, source de ri­chesse des na­tions chez Adam Smith. Cette nou­velle va­leur s’im­pose comme l’un des élé­ments in­dis­pen­sables au bon­heur. Il est donc nor­mal que l’ac­tion de culti­ver ait été da­van­tage pri­vi­lé­giée à cette époque que les ré­sul­tats qui en dé­cou­laient. L’homme com­mence à af­fir­mer sa pré­sence au monde et peut la jus­ti­fier par ses ac­tions. Mais le plus grand pas fait par les hommes des Lu­mières n’a pas été seule­ment « d’ou­vrir les autres à la rai­son(13) » mais de « s’ou­vrir soi-même à la rai­son des autres(14) ». De son sens le plus an­cien, « cultus », l’art d’ho­no­rer les dieux, nous sommes pas­sés à ce­lui de s’ho­no­rer soi-même par les fruits de son ac­tion. L’édu­ca­tion sera le trait d’union entre l’un et l’autre. L’homme avec ses connais­sances de­vient maître et pos­ses­seur de lui-même comme il l’a été de la na­ture. La dé­cou­verte d’autres sys­tèmes, modes de vie, pen­sées, lui donne un nou­veau sens qui le rend proche de ce­lui de ci­vi­li­sa­tion. En­fin, le dé­ve­lop­pe­ment mo­deste du sens fi­gu­ré de culture au XVIIIe siècle tient aus­si au fait du suc­cès que va ren­con­trer, dès sa nais­sance, ce­lui de ci­vi­li­sa­tion. L’édi­tion de 1771 du Dic­tion­naire de Tré­voux en­re­gistre pour la pre­mière fois le néo­lo­gisme ap­pa­ru dans L’Ami des hommes (1756) du mar­quis de Mi­ra­beau, père, et le dé­fi­nit en ces termes : « Ci­vi­li­sa­tion, terme de ju­ris­pru­dence. C’est un acte de jus­tice, un ju­ge­ment qui rend ci­vil un pro­cès cri­mi­nel. La ci­vi­li­sa­tion se fait en conver­tis­sant les in­for­ma­tions en en­quêtes ou au­tre­ment. » De­puis, l’évo­lu­tion du sens conduit à ce­lui pro­po­sé par l’Unes­co en 1982 : « L’en­semble des traits dis­tinc­tifs, spi­ri­tuels, ma­té­riels, in­tel­lec­tuels, af­fec­tifs qui ca­rac­té­risent une so­cié­té, un groupe so­cial. Elle en­globe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fon­da­men­taux de l’être hu­main, les sys­tèmes de va­leur, les tra­di­tions, les croyances. »

LE SENS ON­TO­LO­GIQUE DE CULTURE

Si le pre­mier sens du mot « culture » est an­thro­po­lo­gique, le se­cond sens est en rap­port avec l’être, la na­ture hu­maine, son on­to­lo­gie. Elle est ac­ti­vi­té par rap­port à la na­ture, il met à dis­tance de celle-ci pour s’en dif­fé­ren­cier, ac­ti­vi­té de la pen­sée, il lutte contre sa propre na­ture. C’est sa fa­çon hu­maine d’être au monde, de faire et de dé­faire ce­lui-ci, son ap­ti­tude ex­cep­tion­nelle et uni­ver­selle de consti­tuer son pa­tri­moine en s’oc­troyant ce que la na­ture lui re­fuse. L’homme pro­jette sur le monde qu’il crée des sym­boles, des re­pré­sen­ta­tions et se li­bère de son ins­tinct par la rai­son. L’An­ti­qui­té en fera un hé­ros et un mythe, Pro­mé­thée, « le pré­voyant », plus sa­vant que les dieux eux-mêmes, la phi­lo­so­phie d’après guerre en fera un homme exis­ten­tiel, libre ou sa­laud à son gré, c’est sa gran­deur au sens pas­ca­lien, ré­sul­tat de son propre com­bat entre la na­ture et lui-même. À la dif­fé­rence de l’éru­di­tion qui se ré­sume à une ac­cu­mu­la­tion de sa­voirs, la culture, dans ce sens, né­ces­site l’ef­fort de com­prendre, de ju­ger, de sai­sir les liens entre les choses. Si l’es­prit ne fait pas ce che­mi­ne­ment, il vé­gète, il a be­soin constam­ment d’être ac­tif et ré­ac­ti­vé. Nous ne re­pré­sen­tons ja­mais ce qui nous en­toure comme un trans­crip­teur fi­dèle, nous y par­ti­ci­pons aus­si par les mots, la construc­tion qu’on en fait, les sym­boles que l’on crée. N’ou­blions pas la le­çon du peintre Mar­cel Du­champ : « Le re­gar­deur fait le ta­bleau. » La créa­tion d’une culture passe par l’af­fir­ma­tion de va­leurs, de croyances, de pas­sions in­dis­pen­sables à la mise en place de règles, de fi­na­li­tés, de normes. L’image uni­fiée construite par l’homme s’éva­nouit au cours de ses propres in­ter­ro­ga­tions phi­lo­so­phiques en une pous­sière de doc­trines et de ré­ponses contra­dic­toires. L’homme a dû se dé­cou­vrir pour s’in­ven­ter, pour ac­cé­der à l’hu­main, il a dû ap­prendre à s’ex­pri­mer à tra­vers des sys­tèmes, des pro­cé­dés, des tech­niques. Au­teur du monde comme de lui-même, sa culture a été sa fa­çon d’être à la fois du monde et au monde, et s’il a cher­ché dans son tête-à-tête avec la na­ture et le cos­mos à lais­ser son em­preinte, c’est pour « se connaître lui-même dans la forme des choses, chan­ger le monde ex­té­rieur et com­po­ser un monde nou­veau, un monde hu­main(15) ».

LE SENS HU­MA­NISTE DE CULTURE

Le troi­sième sens at­tri­bué à la culture est un sens hu­ma­niste : il ren­voie à la culture de soi, que les Al­le­mands ap­pellent Bil­dung (qui si­gni­fie « construc­tion »), et qui tire son sens des hu­ma­ni­ta­tis de la Re­nais­sance. Les chan­ge­ments nés d’œuvres in­di­vi­duelles ou col­lec­tives eurent pour consé­quences soit de vé­hi­cu­ler des idées créa­trices d’une culture à une autre, abou­tis­sant à de li­néaires syn­thèses, soit de créer d’ir­ré­mé­diables cou­pures avec leur hé­ri­tage. Leur bras­sage crée l’iden­ti­té des cultures abou­tis­sant à leur in­té­gra­tion ou à une sorte de jux­ta­po­si­tion gros­sière de ses élé­ments ou en­core à leur re­jet dé­fi­ni­tif. Mais la culture a be­soin d’al­té­ri­té pour s’épa­nouir, elle ne peut être iso­lée telle la Ré­pu­blique des sa­vants sur l’île de La­pu­ta dans le Gul­li­ver de Swift. Loin de flot­ter à des lieues de la sur­face du sol, cette culture du culti­vé est ce qui rat­tache l’hu­main à l’hu­main ou tout du moins per­met d’ac­cé­der à ce concept. L’homme culti­vé a su ti­rer de la na­ture ce qu’il a es­ti­mé être bon pour lui et sau­ra le trans­mettre à au­trui. Mais c’est avant tout un es­prit ca­pable de por­ter un ju­ge­ment sur les choses dans leur en­semble, et d’en avoir un re­cul cri­tique, à la dif­fé­rence du spé­cia­liste qui ne peut le faire que sur un ob­jet res­treint dans un do­maine bien pré­cis. Un homme culti­vé est donc un homme qui a un sa­voir mais qui sait aus­si com­ment l’ac­croître. La culture gé­né­rale s’adresse ain­si à ceux qui dé­butent dans cette dé­marche en leur of­frant des connais­sances qu’il fau­dra sa­voir trier avec dis­cer­ne­ment et avec ju­ge­ment pour com­prendre ce qui les re­lie en­semble. C’est pour cela aus­si que l’on dit du po­ly­tech­ni­cien qu’il sait tout et rien d’autre…
L’his­toire de la culture gé­né­rale comme culture du dé­bu­tant a une longue his­toire. Il faut re­cher­cher son ori­gine en Grèce, qui a as­si­gné dès le VIe siècle avant notre ère un idéal édu­ca­tif : ce­lui d’édu­quer l’homme à la rai­son comme mo­dèle uni­ver­sel lui per­met­tant d’ac­cé­der à l’hu­ma­ni­té, à son hu­ma­ni­té. Sous l’éclai­rage de la rai­son, la ques­tion de la jus­tice, du bon­heur, du vivre en com­mun, de l’édu­ca­tion sera abor­dée, re­lé­guant au plus loin le poids de la tra­di­tion et de la force de per­sua­sion des mythes. Ceux que He­gel qua­li­fie de « maîtres de la Grèce », les pre­miers so­phistes, uti­lisent le pou­voir des mots, la force de per­sua­sion du lan­gage sous toutes ses formes, rhé­to­rique, lin­guis­tique, syn­taxique. Hip­pias d’Élis fit un peu of­fice de chef de file, pui­sant dans ses connais­sances pour ac­qué­rir gloire et ar­gent, tan­dis que les états gé­né­raux de la so­phis­tique étaient for­més par Pro­ta­go­ras, Pro­clus et leurs adeptes. Le comble de l’art était de par­ve­nir à gé­rer leurs ad­ver­saires par des sub­ti­li­tés et des faux rai­son­ne­ments. Bien loin de réunir les hommes, de les rap­pro­cher, la so­phis­tique s’im­pose comme une culture de l’af­fron­te­ment. So­crate et Pla­ton ven­ge­ront la rai­son en tra­quant in­las­sa­ble­ment la vé­ri­té. Le rhé­teur Iso­crate (436-338 av. J.-C.) est « par­mi les pre­miers à tra­cer son pro­gramme d’en­semble où se re­joignent des pré­oc­cu­pa­tions mo­rales, so­ciales, in­tel­lec­tuelles(16) » et il faut voir en la pai­deia iso­cra­tique une cer­taine no­tion d’hu­ma­ni­té. Iso­crate pré­tend for­mer l’homme tout en­tier par la culture de l’élo­quence, la pra­tique de celle-ci né­ces­si­tant une culture in­tel­lec­tuelle presque com­plète. Ap­prendre à bien par­ler était aus­si ap­prendre à bien pen­ser et à bien vivre. Son in­fluence sur l’édu­ca­tion al­lait être plus grande que celle de Pla­ton et, comme le re­marque le grand his­to­rien Moses I. Fin­ley, « après lui, la rhé­to­rique eut la place d’hon­neur dans les études su­pé­rieures, dans un sys­tème qui re­çut bien­tôt sa forme ca­no­nique avec ce que les Ro­mains ap­pellent “les sept arts li­bé­raux”. Ce mo­dèle ca­no­nique pas­sa en­suite des Grecs aux By­zan­tins et des Ro­mains à l’Oc­ci­dent la­tin(17) ».
L’Eu­rope ne peut plus être li­mi­tée cultu­rel­le­ment et iden­ti­tai­re­ment à son grand hé­ri­tage an­tique, même si nous sommes re­de­vables aux Grecs d’avoir in­ven­té la cité, le ques­tion­ne­ment, le théâtre, aux Ro­mains l’État et les ins­ti­tu­tions, la loi, les bases de notre ci­toyen­ne­té, le la­tin qui fut la langue eu­ro­péenne pen­dant de nom­breux siècles. Si on les com­pare aux Perses ou aux Bar­bares, les Grecs au­ront su se dé­ta­cher du des­pote ou du ty­ran, les lois de So­lon, celles de Pé­ri­clès qui ouvrent la par­ti­ci­pa­tion à la vie de la cité aux ci­toyens qui en étaient ex­clus, as­surent les fon­de­ments de la dé­mo­cra­tie. Et ce que les Grecs ont su ac­cor­der à leurs ci­tés-États, Rome le fait pour son em­pire avec l’édit de Ca­ra­cal­la de 212 qui donne la ci­toyen­ne­té à tous les hommes libres. C’est donc grâce aux Ro­mains que nous connaî­trons le droit, la rhé­to­rique, les no­tions d’hu­ma­ni­tas et de vir­tus, mais aus­si la va­lo­ri­sa­tion du sou­ci de soi, de l’ex­pé­rience per­son­nelle d’où émer­ge­ra la no­tion de per­sonne, de su­jet. Flo­rence Du­pont re­met en cause la no­tion d’iden­ti­té na­tio­nale ro­maine dans son livre Rome, la ville sans ori­gine, car, écrit-elle, « être ci­toyen ro­main, c’était comme Énée, né­ces­sai­re­ment être venu d’ailleurs », rap­pe­lant que les cher­cheurs eu­ro­péens « se pro­jettent dans les An­ciens qui ain­si mo­der­ni­sés leur servent d’ori­gine » et de conclure : « Nous n’avons peut-être pas be­soin d’iden­ti­té na­tio­nale(18). » La no­tion ori­go, cette fic­tion ju­ri­dique qu’elle met en avant, « pos­tule un dé­but ab­so­lu chaque fois qu’est confé­rée la ci­vi­tas(19) » et per­met­trait ain­si de re­fu­ser l’idée d’un « temps long qui per­met à Brau­del de faire de l’iden­ti­té d’un peuple la fin der­nière de son his­toire(20) ». Pen­dant long­temps l’hé­ri­tage du monde juif, arabe, an­da­lou fut lais­sé dans l’ombre au pro­fit de ce­lui des Ro­mains. Or Jé­ru­sa­lem, lieu sym­bo­lique de l’hé­ri­tage bi­blique, nous a ap­por­té les lois mo­rales, même si la loi chré­tienne s’im­pose pen­dant des siècles comme norme com­mune. Avec Ori­gène d’Alexan­drie (185-v. 253), théo­lo­gien, un des Pères de l’Église, ain­si que le dit Jean Si­ri­nel­li, « on ne peut pas par­ler d’em­prunts, c’est réel­le­ment une syn­thèse ou un syn­cré­tisme qui se pro­duit entre les exi­gences de la ré­flexion chré­tienne et les sys­tèmes phi­lo­so­phiques am­biants(21) ».
Au mi­lieu du Ve siècle après J.-C., l’Em­pire ro­main d’Oc­ci­dent s’ef­frite, le pay­sage po­li­tique, cultu­rel, in­tel­lec­tuel est bou­le­ver­sé par les chan­ge­ments qui se pro­duisent. Avec l’em­pire de Char­le­magne, une nou­velle uni­té cultu­relle se forme – le la­tin, le chris­tia­nisme, l’au­to­ri­té des deux glaives, le spi­ri­tuel et le tem­po­rel, do­minent tout le Moyen Âge. La culture, l’édu­ca­tion se mettent alors au ser­vice de la foi et de l’Église. L’homme, de­ve­nu centre du monde, cherche sa place entre un monde in­vi­sible où pré­side un Dieu tout-puis­sant et un monde vi­sible qu’il dé­couvre peu à peu et dont il re­pousse pro­gres­si­ve­ment les fron­tières géo­gra­phiques. Le chris­tia­nisme ne se li­mite pas à vé­hi­cu­ler la culture an­tique, il donne nais­sance à des va­leurs nou­velles et ouvre la voie du pa­ra­dis à tous ceux qui ont la foi, sans dis­tinc­tion de classes so­ciales ou d’eth­nies. En outre, il s’en­ri­chit d’in­fluences di­verses. Ain­si, nous de­vons au monde arabe son art, la re­dé­cou­verte des sciences, des textes grecs, des ma­thé­ma­tiques, le dé­ve­lop­pe­ment de l’al­chi­mie. Une langue com­mune, un droit com­mun, le droit ro­main s’im­po­sant jus­qu’au XVIe siècle lors­qu’émerge l’idée de droit na­tio­nal, un même Dieu sont les bases sur les­quelles se dé­ve­loppe l’Eu­rope mé­dié­vale. L’art ca­ro­lin­gien tire son ori­gi­na­li­té des in­fluences by­zan­tines, bar­bares, mo­za­rabes. Char­le­magne s’en­toure à sa cour non seule­ment des meilleurs re­pré­sen­tants de la hié­rar­chie ec­clé­sias­tique mais de mis­sion­naires an­glo-saxons, ir­lan­dais, dé­ten­teurs de la culture grecque et des textes sa­crés. Ain­si Al­cuin, de l’école d’York, Théo­dulf, le Wi­si­goth, An­gil­bert, le Ger­main, construisent le centre d’une so­cié­té cos­mo­po­lite. Les mi­nia­tures mo­za­rabes, qui dé­corent et illus­trent les livres, consti­tuent entre le IXe et le Xe siècle l’une des ma­ni­fes­ta­tions les plus ori­gi­nales de l’art es­pa­gnol de cette pé­riode dont les thèmes et les types ico­no­gra­phiques sont une source d’ins­pi­ra­tion pour les peintres ro­mans qui les re­prennent.

La pé­riode mé­dié­vale, loin d’avoir été une pé­riode d’uni­té re­li­gieuse, est celle qui connaît la sé­pa­ra­tion de l’em­pire en deux, em­pire d’Oc­ci­dent et em­pire d’Orient, en 395, don­nant nais­sance à deux Eu­ropes gré­co-ro­maines, bien dif­fé­rentes dans leur art et leur pen­sée. La dif­fi­cul­té, ain­si que l’an­nonce Ed­gar Mo­rin dans son pro­logue à Pen­ser l’Eu­rope, « c’est de pen­ser l’un dans le mul­tiple, le mul­tiple dans l’un(22) ». La culture n’a ja­mais li­mi­té à une ère géo­gra­phique les échanges qui la fa­çonnent. Ain­si Marc Fer­ro(23), au cours d’une in­ter­view, rap­porte que, au temps de l’Em­pire ro­main, un voya­geur pou­vait al­ler de Lyon à Da­mas en res­tant chez lui, de même s’il se rend à Constan­tine ou à By­zance. Mais s’il tra­verse le Da­nube, il ne l’est pas da­van­tage qu’en fran­chis­sant le Rhin. Au IXe siècle, il l’au­rait été, mais plus du tout en re­tour­nant à By­zance, Constan­tine ou Ra­venne. Ain­si, si nous vou­lons par­ler d’une iden­ti­té cultu­relle eu­ro­péenne, il convient de consta­ter que celle-ci s’est for­mée, lors de ses mul­tiples mé­ta­mor­phoses et par celles-ci, bien au-delà de ses li­mites géo­gra­phiques fixes.

La Re­nais­sance rend aux hu­ma­ni­tés leurs pri­vi­lèges. Budé, Ra­be­lais, Léo­nard de Vin­ci, Mi­chel-Ange, Pic de la Mi­ran­dole éla­borent à tra­vers l’es­thé­tique, la mo­rale, les lettres, un mode de per­fec­tion dont l’homme est l’abou­tis­se­ment. Une culture de l’es­prit et de l’échange pleine de di­ver­si­té se met en place, fon­dée sur l’en­sei­gne­ment des connais­sances et des sa­voirs nou­veaux. C’est cette même culture, is­sue de la mé­moire, de l’ex­pé­rience de l’hu­main, du legs des pen­seurs, des ar­tistes, des lettres grecques et ro­maines, qui est par­ve­nue jus­qu’à nous de­puis le XVIe siècle. Nous nous de­vons de la pré­ser­ver à notre tour. Et c’est aus­si parce que le XVIIIe siècle – ce­lui de Mon­tes­quieu, Hel­vé­tius et Vol­taire, ce­lui des dic­tion­naires, mais aus­si ce­lui de New­ton et de Locke – vou­dra triom­pher de l’igno­rance en pro­pa­geant sa foi en la rai­son dans toutes les sphères de l’ac­ti­vi­té hu­maine que cet in­es­ti­mable hé­ri­tage est en­core le nôtre. Dans une Eu­rope de­ve­nue cos­mo­po­lite, la no­tion de pro­grès reste tou­jours le thème do­mi­nant. Condor­cet aura d’ailleurs éta­bli dès 1793 que le pro­grès fait bien par­tie de l’his­toire, dans l’Es­quisse d’un ta­bleau his­to­rique des pro­grès de l’es­prit hu­main.

Le siècle des Lu­mières, la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, l’Em­pire consti­tuent de nou­velles pé­riodes d’échange et de trans­mis­sion d’idées et de sa­voirs par le biais des grandes ca­pi­tales : Am­ster­dam, Ber­lin, Londres, Pa­ris, Vienne. La dy­na­mique du siècle passe par l’ana­lyse, la phi­lo­so­phie. La no­tion de mé­thode, le dé­sir de se plier aux exi­gences de la rai­son en est le leit­mo­tiv. L’af­fir­ma­tion de la pri­mau­té de l’homme né­ces­site de la part des en­cy­clo­pé­distes un com­bat achar­né contre les pré­ju­gés. L’homme est dé­sor­mais conçu comme une par­tie in­té­grante d’un tout uni­ver­sel an­non­çant ain­si les théo­ries évo­lu­tion­nistes du siècle sui­vant. Le grand tra­vail des Lu­mières a été de res­tau­rer l’hu­ma­nisme. Gui­dés par la rai­son, ils fondent l’es­sen­tiel de leur mo­rale sur l’homme. Tout est at­ta­qué : la jus­tice, les sciences, l’édu­ca­tion, le com­merce, l’in­dus­trie et, plus que les ins­ti­tu­tions, le prin­cipe même de celles-ci. Au­cune gé­né­ra­tion ne fut au­tant éprise de phi­lan­thro­pie et de bien­fai­sance. Au­cune ne res­sen­tit plus vi­ve­ment les in­éga­li­tés so­ciales, la bar­ba­rie des lois an­ciennes, l’ab­sur­di­té des guerres. Au­cune ne fit plus sin­cè­re­ment des rêves d’une paix per­pé­tuelle et d’un bon­heur uni­ver­sel. La Dé­cla­ra­tion des droits de l’homme a consti­tué l’un des puis­sants fac­teurs d’uni­té na­tio­nale en pro­cla­mant l’éga­li­té des droits de l’homme et de la na­tion. L’idée même de na­tion sur­git. Leur point com­mun est d’ac­cor­der à la per­sonne hu­maine une di­gni­té, une va­leur, une re­con­nais­sance qui trouve son ap­pli­ca­tion dans celle que nous ac­cor­dons à la li­ber­té, au libre ar­bitre et à la jus­tice. Au­cun peuple n’ira aus­si loin dans la dé­fi­ni­tion de telles va­leurs prô­nées comme des droits que la so­cié­té s’oc­troie. L’uni­té de la pen­sée eu­ro­péenne sera le ré­sul­tat de son ap­ti­tude à gé­rer les iden­ti­tés cultu­relles, re­li­gieuses, na­tio­nales qui la forment sans les ex­clure et en sa­chant ti­rer par­ti de leur di­ver­si­té. La le­çon du XVIIIe siècle sera l’exi­gence de l’uni­ver­sa­li­té, de l’es­prit de to­lé­rance, du droit au bon­heur, non plus un sa­lut dans l’au-delà, mais un droit im­mé­diat à l’édu­ca­tion, à la pro­tec­tion de l’in­di­vi­du et des peuples.
Au XIXe siècle, les pre­miers ef­fets de re­mise en cause de l’uni­ver­sa­lisme et de la rai­son de la construc­tion du su­jet ap­pa­raissent et les phi­lo­sophes des Lu­mières dé­couvrent leurs dé­trac­teurs. La no­tion de su­jet est for­te­ment ébran­lée par Marx, tous les phé­no­mènes étant dé­ter­mi­nés par le mode de pro­duc­tion des moyens d’exis­tence. Nietzsche ré­vèle que la rai­son n’est ni la source ni la fi­na­li­té de l’his­toire. Freud et Char­cot, par leurs tra­vaux, portent un coup fa­tal au su­jet avec la dé­cou­verte de l’in­cons­cient. Le su­jet ne règne plus en maître chez lui et il n’est plus sys­té­ma­ti­que­ment en adé­qua­tion avec lui-même : « Ain­si dans la ge­nèse des sciences so­ciales, le freu­disme inau­gure un stade nou­veau, d’abord par ses dé­cou­vertes en­suite par sa mé­thode : les cau­sa­li­tés, les ré­gu­la­ri­tés, les lois que pré­tend éta­blir la so­cio­lo­gie po­si­ti­viste sont mises en cause par le doute jeté sur le dis­cours et, plus pro­fon­dé­ment sur la na­ture de l’homme rai­son­nable tel que Des­cartes l’avait dé­fi­ni. Le moi n’est plus ce qu’il était, il se di­vise en un sur-moi et, si l’on peut dire, un “sous-moi”(24). » Sous l’ef­fet du ro­man­tisme al­le­mand, no­tam­ment de Schle­gel, qui consi­dère que l’uni­ver­sel abs­trait est vide et qu’il n’ac­quiert un conte­nu qu’en le par­ti­cu­la­ri­sant, l’homme est le ré­sul­tat de l’union entre l’uni­ver­sel et le par­ti­cu­lier. Höl­der­lin et No­va­lis par­tagent avec Schil­ler et Her­der l’idée d’une Al­le­magne comme Kul­tur­na­tion, dé­fi­nie da­van­tage par ses pro­duc­tions in­di­vi­duelles, ar­tis­tiques, lit­té­raires, poé­tiques, cultu­relles que par sa puis­sance po­li­tique ou son État.

Le dé­but du XXe siècle, à la fois hé­ri­tier et no­va­teur, ne cesse de pro­mou­voir ses avant-gardes propres. Les fron­tières de l’Eu­rope et du monde ont écla­té, la femme prend une place crois­sante au sein de la so­cié­té et le pro­grès tech­nique ne cesse de s’ac­croître. La Chine met à l’hon­neur le ma­té­ria­lisme his­to­rique : en 1911 se pro­duit l’ef­fon­dre­ment de la dy­nas­tie mand­choue, alors que ses pre­mières ten­ta­tives de mo­der­ni­té passent par la mo­bi­li­sa­tion conjointe des idées oc­ci­den­tales et des pen­sées tra­di­tion­nelles. Le Ja­pon, de­puis le mi­lieu du siècle pré­cé­dent, est de­ve­nu une source d’ins­pi­ra­tion pour l’Oc­ci­dent et contri­bue à une re­cherche de la mo­der­ni­té dans l’art en pré­sen­tant dans ses œuvres des plans suc­ces­sifs. Les deux guerres mon­diales ébranlent la confiance dans la culture et dans l’homme. L’éla­bo­ra­tion d’ins­tru­ments de des­truc­tion mas­sive, l’or­ga­ni­sa­tion de camps d’ex­ter­mi­na­tion condui­ront à dou­ter de la rai­son, de la culture et de la science comme bien­fai­trices de l’hu­ma­ni­té. De­puis Nietzsche jus­qu’aux an­nées 1960, la dé­cons­truc­tion est à l’ordre du jour, dé­cons­truc­tion dans la phi­lo­so­phie contem­po­raine de l’idéa­lisme al­le­mand, de la phi­lo­so­phie de la sub­jec­ti­vi­té, des illu­sions mé­ta­phy­siques. L’art contem­po­rain dé­truit sciem­ment l’œuvre d’art et fait aus­si de la dé­cons­truc­tion son propre ob­jec­tif en abo­lis­sant la fron­tière entre es­thé­tique in­dus­trielle et es­thé­tique ar­tis­tique : une chaise, une pipe, une voi­ture de­viennent de l’art. La phi­lo­so­phie de la dé­cons­truc­tion sera prin­ci­pa­le­ment re­pré­sen­tée par Jacques Der­ri­da et Gilles De­leuze. Après la mort de Dieu an­non­cée par Nietzsche, vient celle de la mo­der­ni­té (Gian­ni Vat­ti­mo), du po­li­tique (Pierre Birn­baum), du so­cial (Jean Bau­drillard), de la culture (Mi­chel Hen­ry), du so­cia­lisme (Alain Tou­raine), des idéo­lo­gies (Ray­mond Aron), de la re­li­gion (Mar­cel Gau­chet), des grands ré­cits (Jean-Fran­çois Lyo­tard).

La post­mo­der­ni­té ex­prime la crise de mo­der­ni­té qui frappe les pays les plus in­dus­tria­li­sés de la pla­nète. Le terme de post­mo­der­nisme a d’abord été uti­li­sé en ar­chi­tec­ture dans les an­nées 1960-1970, puis sa no­tion s’est ré­pan­due dans tous les do­maines ar­tis­tiques et phi­lo­so­phiques. Mar­quée par la crise de la na­tio­na­li­té, la post­mo­der­ni­té re­pré­sente aus­si une rup­ture avec les Lu­mières et un ef­fon­dre­ment des grandes idéo­lo­gies. Le trait fon­da­men­tal de cette se­conde par­tie du XXe siècle est l’im­por­tance que les cultures étran­gères pren­dront dans l’art, la lit­té­ra­ture et la mu­sique eu­ro­péennes. L’es­tampe ja­po­naise, la sculp­ture afri­caine, la mu­sique folk­lo­rique sont non seule­ment des sources d’ins­pi­ra­tion mais elles per­mettent aus­si de créer une dis­tance entre culture éli­tiste et culture iden­ti­taire de cha­cun. Les connais­sances des peuples co­lo­ni­sés ré­vé­le­ront des ri­chesses qui fe­ront de la culture oc­ci­den­tale une culture col­lec­tive par­mi d’autres. Pen­dant long­temps la ci­vi­li­sa­tion par ex­cel­lence, celle que les autres étaient conviés à imi­ter, était celle de l’Eu­rope oc­ci­den­tale, liée dès l’ori­gine à la no­tion de pro­grès. Cela se mo­di­fie­ra au contact de l’Ex­trême-Orient et de l’Inde, au XIXe siècle, qui fas­cinent par les ma­ni­fes­ta­tions de leur art, de leur pen­sée. L’eth­no­lo­gie, la so­cio­lo­gie amènent à consi­dé­rer des ci­vi­li­sa­tions et non plus un mo­dèle unique. Ain­si l’Eu­rope, au cours de son his­toire, a pré­sen­té un uni­vers de pe­tites cultures tis­sées à par­tir de cri­tères com­muns, ce qui lui a don­né son as­pect d’uni­for­mi­sa­tion dans la di­ver­si­té, comme un man­teau d’Ar­le­quin. Mais sans doute un Non-Eu­ro­péen ne ver­rait-il que l’as­pect d’uni­for­mi­té de celle-ci sans pour au­tant dé­ce­ler l’éton­nante va­rié­té des cultures na­tio­nales et ré­gio­nales qui la fondent, sans dé­ce­ler celles de ses contraires. L’ap­port des ci­vi­li­sa­tions étran­gères à notre culture a ren­du moins nets les contours et les as­sises qui la dé­fi­nis­saient, re­la­ti­vi­sant les no­tions de norme, de va­leur, de sa­voirs.

Plaidoirie pour une culture générale

L’ex­pres­sion peut faire dé­bat : puis­qu’il semble a prio­ri pa­ra­doxal qu’une culture puisse être gé­né­rale, car si elle l’est, elle cesse d’être une culture, et si elle ne l’est pas, elle de­vient sans fon­de­ment. La culture gé­né­rale au­rait en fait vo­ca­tion, dès son ori­gine, à être éten­due sans spé­ci­fi­ci­té pro­fonde, sans être par­ti­cu­lière pour au­tant. La connais­sance à la Bou­vard et Pé­cu­chet, une longue er­rance dans un océan de sa­voirs, vaste bric-à-brac de no­tions et de connais­sances mal di­gé­rées, ne mè­ne­ra ja­mais les hé­ros de Flau­bert à la ré­flexion ou au ju­ge­ment vé­ri­table par manque de mé­thode.

Notre époque est éprise de bou­li­mie de sa­voirs in­gé­rés sans réel dis­cer­ne­ment : entre ce qui est im­por­tant et ce qui ne l’est pas. Le re­fus de hié­rar­chi­ser les choses, le fait de mettre tout à plat et au même ni­veau – le gé­nie de Pas­cal et la culture de masse. Dé­mo­cra­ti­ser la culture est un bien­fait sans conteste, mais la po­pu­la­ri­ser, c’est la tuer. On doit à Serge Chau­mier l’évo­ca­tion de cette belle plai­doi­rie de La­mar­tine adres­sée au dé­pu­té Cha­puys-Mont­la­ville, en 1843 : « Et où est la nour­ri­ture in­tel­lec­tuelle de toute cette foule ? Où est ce pain mo­ral et quo­ti­dien des masses ? Nulle part. Un ca­té­chisme ou des chan­sons, voi­là leur ré­gime. Quelques crimes si­nistres, ra­con­tés en vers atroces, re­pré­sen­tés en traits hi­deux et af­fi­chés avec un clou sur les murs de la chau­mière ou de la man­sarde, voi­là leur bi­blio­thèque, leur art, leur mu­sée à eux ! Et pour les éclai­rés quelques jour­naux ex­clu­si­ve­ment po­li­tiques qui se glissent de temps en temps dans l’ate­lier ou dans le ca­ba­ret du vil­lage, et qui leur portent le contre­coup de nos dé­bats par­le­men­taires, quelques noms d’hommes à haïr et quelques po­pu­la­ri­tés à dé­pe­cer comme on jette aux chiens des lam­beaux à dé­chi­rer, voi­là leur édu­ca­tion ci­vique ! Quel peuple vou­lez-vous qu’il sorte de là(25) ? »

La dé­mo­cra­ti­sa­tion de la culture a conduit à sa dif­fu­sion, puis à son ex­ploi­ta­tion com­mer­ciale sous toutes les formes (Quiz et QCM en console), me­nant da­van­tage à une dé­cé­ré­bra­li­sa­tion de l’in­di­vi­du qu’à sa for­ma­tion. La culture di­la­pi­dée par le jeu com­mer­cial en a fait au mieux des kits de sur­vie, des Smics in­tel­lec­tuels. Mais la culture gé­né­rale, si elle a souf­fert d’une com­mer­cia­li­sa­tion ex­ces­sive, sous les formes les plus tron­quées, doit aus­si sa dé­con­si­dé­ra­tion au fait d’avoir subi beau­coup d’im­pré­ci­sions dans ses dé­fi­ni­tions. Le Dic­tion­naire de l’Aca­dé­mie fran­çaise en 1932 la ca­rac­té­rise comme un « en­semble de connais­sances gé­né­rales sur la lit­té­ra­ture, l’his­toire, la phi­lo­so­phie, les sciences et les arts que doivent pos­sé­der au sor­tir de l’ado­les­cence, tous ceux qui forment l’élite de la na­tion(26) ». Sa nais­sance of­fi­cielle pour­rait se si­tuer dans le cadre de la ré­forme de 1902, me­née par Georges Leygues (1857-1933), qui donne à l’en­sei­gne­ment se­con­daire la forme qu’il conser­ve­ra jusque dans les an­nées 1950. L’en­sei­gne­ment se­con­daire s’adapte au monde mo­derne et une fu­sion s’opère entre les en­sei­gne­ments clas­siques et mo­dernes, des­ti­née à rendre les hu­ma­ni­tés scien­ti­fiques aus­si for­ma­trices de l’es­prit que celles des hu­ma­ni­tés lit­té­raires. L’idée était d’ap­prendre à pen­ser par frag­ments mais à faire com­prendre que tout frag­ment jus­te­ment est par­tie d’un tout. La culture gé­né­rale éta­blis­sait ain­si une synthèse entre les dif­fé­rents sa­voirs. Et la phi­lo­so­phie y te­nait un rôle dé­ter­mi­nant, ce­lui de sa­voir ré­flé­chir sur sa culture. Au­jourd’hui, lorsque nous évo­quons la « culture gé­né­rale », nous sommes loin, pour la ma­jo­ri­té d’entre nous, d’y voir une ré­fé­rence à une culture as­si­mi­lée au pou­voir des so­phistes, ou à celle d’un Mon­taigne, iso­lé dans sa tour consta­tant « notre jar­din im­par­fait », ou à celle des en­cy­clo­pé­distes, em­pi­lant notre science dans des di­zaines de tomes. L’idée d’amé­lio­ra­tion de soi pré­do­mine, l’idée d’un ins­tru­ment qui nous ap­prend à re­la­ti­vi­ser, un moyen pour l’in­tros­pec­tion, un re­gard ou­vert sur le monde, l’idée d’al­ler tou­jours plus loin, que l’on trouve dans la pai­deia grecque, édu­ca­tion au ni­veau cos­mique, vo­lon­té qui doit nous pous­ser jus­qu’au meilleur de nous-mêmes et nous don­ner le goût de l’ex­cel­lence. Les va­leurs pour les An­ciens trou­vaient leur fon­de­ment dans l’être. L’homme de notre époque est sou­vent amné­sique et il est bon de lui rap­pe­ler ce qui en a fait la gran­deur et la va­leur. Choi­sir une œuvre au ha­sard et pro­cla­mer son in­uti­li­té, parce que désuète dans notre so­cié­té – « une paire de bottes vaut mieux que Sha­kes­peare » – et parce qu’in­adap­tée, ne fait pas preuve de bon sens, mais de mal­hon­nê­te­té in­tel­lec­tuelle. De même dé­cré­ter la culture gé­né­rale peu adap­tée à cer­tains concours re­lève du même prin­cipe, car elle ne consti­tue pas que des sa­voirs as­sem­blés, mais le moyen de se di­ri­ger dans ces mêmes sa­voirs, de ne pas res­ter pas­sif de­vant les choses de notre monde.

Même si la dé­fi­ni­tion de la culture gé­né­rale est de­ve­nue po­ly­sé­mique(27), un peu comme une au­berge es­pa­gnole, même si elle a été fra­gi­li­sée par des at­taques aux ar­gu­ments idéo­lo­giques ou uti­li­ta­ristes, sou­ve­nons-nous de la phrase de Pri­mo Levi, alors qu’il se ques­tionne sur les rai­sons de la sur­vie après Au­sch­witz dans Les Nau­fra­gés et les res­ca­pés(28) : « Quant à moi, la culture m’a été utile : pas tou­jours, par­fois, peut-être par des voies sou­ter­raines et im­pré­vues, mais elle m’a ser­vi et m’a peut-être sau­vé. »

Notes :

1. Lo­cu­tion la­tine d’Ho­race, Épîtres, I, 2, 40, re­prise par Em­ma­nuel Kant qui a ex­pri­mé de ma­nière exem­plaire toute la ri­gueur du mot d’ordre des Lu­mières : sa­pere aude, « aie le cou­rage de te ser­vir de ton propre en­ten­de­ment ».

2. Jacques Ri­gaud, La Culture pour vivre, Pa­ris, Gal­li­mard, 1975, p. 27.

3. Rap­pe­lons à ce su­jet que d’après l’Iliade (XIV, 321-323), Eu­rope est la fille de Phé­nix et la mère de Mi­nos, Rha­da­manthe et Sar­pé­don, dont le père est Zeus. Ce der­nier, chan­gé en tau­reau blanc, en­lève Eu­rope qu’il trans­porte sur son dos, de Phé­ni­cie en Crète, en tra­ver­sant la mer.

4. Serge Chau­mier, L’In­cul­ture pour tous. La nou­velle uto­pie des po­li­tiques cultu­relles, Pa­ris, L’Har­mat­tan, « Des hauts et dé­bats », 2010, p. 13.

5. Se­lon l’ex­pres­sion de Claude Ja­veau dans « La contro­verse sur l’éli­tisme dans la culture oc­ci­den­tale contem­po­raine », in Si­mon Lan­glois, Yves Mar­tin (dir.), L’Ho­ri­zon de la culture. Hom­mage à Fer­nand Du­mont, Sainte-Foy, Presses de l’uni­ver­si­té de La­val, 1995.

6. Claude Lévi-Strauss, Re­gar­der, écou­ter, lire, Pa­ris, Plon, 1993.

7. Alain-J. Trou­vé, « Dé­fense et illus­tra­tion de la culture gé­né­rale », in Ata­la, no 14, Avant-pro­pos, 2011.

8. « École de Franc­fort » : nom don­né à des in­tel­lec­tuels al­le­mands ana­ly­sant la so­cié­té dans une pers­pec­tive néo­marxiste.

9. Pierre Bour­dieu et Jean-Claude Pas­se­ron, Les Hé­ri­tiers. Les étu­diants et la culture, Pa­ris, Mi­nuit, 1964.

10. Ibid.

11. Voir no­tam­ment Do­nald Mor­ri­son, « The Death of French Culture », Time Ma­ga­zine, 21 no­vembre 2007, ain­si que Que reste-t-il de la culture fran­çaise ?, sui­vi de An­toine Com­pa­gnon, Le Sou­ci de la gran­deur, Pa­ris, De­noël, 2008.

12. Paul Va­lé­ry, Re­gards sur le monde ac­tuel, Pa­ris, Gal­li­mard, « Fo­lio es­sais », 1988.

13. Alain Fin­kiel­kraut, La Dé­faite de la pen­sée, Pa­ris, Gal­li­mard, « Fo­lio es­sais », 1989, p. 81.

14. Ibid.

15. G.W.F. He­gel, L’Es­thé­tique, trad. Flam­ma­rion in Georges Ba­taille, L’Éro­tisme, Pa­ris, Édi­tions 10/18, 1965, p. 237.

16. Alain-J. Trou­vé, « Dé­fense et illus­tra­tion de la culture gé­né­rale », art. cit.

17. M.I. Fin­ley, « L’hé­ri­tage d’Iso­crate », in Mythe, mé­moire, his­toire, Pa­ris, Flam­ma­rion, 1981, p. 175-208.
18. Flo­rence Du­pont, Rome, la ville sans ori­gine, Pa­ris, Le Pro­me­neur, 2011, p. 10.

19. Ibid., p. 174.

20. Ibid., p. 175.

21. Jean Si­ri­nel­li, Les En­fants d’Alexandre. La lit­té­ra­ture et la pen­sée grecques, 334 av. J.-C. – 529 apr. J.-C., Pa­ris, Fayard, 1993, p. 27.22. Ed­gar Mo­rin, Pen­ser l’Eu­rope, Pa­ris, Gal­li­mard, « Fo­lio ac­tuel », 1990, p. 

22.23. Au cours des Jour­nées de l’Eu­rope du 9 mai 2005.

24. Jean-Ma­rie Do­me­nach, Ap­proches de la mo­der­ni­té, Pa­ris, El­lipses, « Cours École po­ly­tech­nique », 1987, p. 107.

25. Serge Chau­mier, L’In­cul­ture pour tous, op. cit., p. 26.

26. Dic­tion­naire de l’Aca­dé­mie fran­çaise, 8e édi­tion, 1932-1935.

27. Voir l’ar­ticle re­mar­quable de Mi­chèle Ro­sel­li­ni, « La culture gé­né­rale, condi­tion de sur­vie ? », Ata­la, no 14, 2011.

28. Pri­mo Levi, Les Nau­fra­gés et les res­ca­pés. Qua­rante ans après Au­sch­witz, Pa­ris, Gal­li­mard, « Ar­cades », 1989.

Suite : 
1 kiloDE CULTURE GÉ­NÉ­RALE, Flo­rence Braun­stein et Jean-Fran­çois Pé­pin, PUF 2014, 1680 pages, 29€ .

Florence Braunstein, Docteur ès lettres, enseigne en Classes Préparatoires HEC et en Mathématiques Supérieures et Spéciales. Pendant quinze ans, elle a travaillé sur l’antiquité du Proche-Orient et publié de nombreux articles dans diverses revues spécialisées, notamment Orientalia et le Realexicon. Elle a enseigné pendant vingt-cinq ans la culture générale en classes préparatoires et est conférencière des Musées nationaux.
Jean-François Pépin, Docteur ès lettres, professeur agrégé d’Histoire et de Géographie, enseigne en Classes préparatoires HEC ainsi que les Relations Internationales pour les élèves de 3ème année dans des écoles de commerce international.